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    Le pays pratiquement sans gouvernement depuis neuf mois !

    Il a fallu cinq mois et deux tentatives de Saad Hariri pour mettre sur pied le cabinet dit d’union nationale, qui se confirme comme étant, en réalité, un cabinet de désunion totale. Au point que quatre mois après sa déclaration ministérielle, il n’a encore entamé la réalisation d’aucun de ses points, parce que les prosyriens usent et abusent de leur prétendu droit de blocage, institué via la règle imposant la prise de toute décision à l’amiable, sans recours au vote démocratique, en Conseil des ministres. C’est donc tout le contraire du partenariat positif dont il s’est réclamé à Doha, pour avoir accès au pouvoir exécutif, que le 8 Mars met en pratique.
    Le trait d’esprit du patriarche Sfeir, qui compare le gouvernement à une calèche tirée par deux chevaux placés l’un à l’avant et l’autre à l’arrière, s’avère fondé. Ainsi, au nom de cette hérésie qu’est la démocratie consensuelle, antonyme parfait de la démocratie tout court, l’immobilisme règne au sein de la machine d’État et se perpétue, puisque le précédent gouvernement Siniora, également dit d’union, avait été frappé du même mal.

     

    Saad Hariri commence à s’alarmer des zizanies larvées, étayées de rumeurs accusatrices, entre ministres. Il les a rappelés à l’ordre, lors de la séance de samedi. Mais, à dire vrai, le contentieux effectif, qui rejoint la lutte des axes extérieure, maintenant à son paroxysme, dépasse de loin les considérations de confiance, ou de méfiance, locales. Le manque de cohésion du cabinet, si paralysant, trouve son origine ailleurs. Plus précisément, là où l’on a décidé que le 8 Mars, à défaut d’exercer le pouvoir directement et tout seul, aurait à le contrôler en empêchant le 14 Mars d’agir.
    Dans le meilleur des cas, à supposer par exemple l’attente de développements régionaux majeurs, les jouteurs du cru se contentent de meubler le temps en invoquant la nécessité du dialogue national. S’il y avait un peuple uni, ce qui n’est également pas le cas, il réagirait sans doute pour forcer les dirigeants à assumer leurs responsabilités à son égard et à l’égard de ses problèmes quotidiens. Or lui-même ligoté par les chaînes de l’allégeance aux parties politiques opposées ne peut que subir, souffrir, la paralysie ambiante. En fauteuil roulant, et cela rappelle un des premiers mots de Bachar el-Assad :
    « Je peux certes aider les Libanais à marcher, mais je ne puis le faire à leur place. Et pour cause : c’est leur régime qui leur interdit de se tenir debout »…
    Retour à la scène locale. Le gouvernement en place dérape toujours sur trois problèmes qui auraient été facilement résolus s’il était homogène. D’abord, les nominations administratives, diplomatiques et sécuritaires. Les ministres soutiennent, en chœur, qu’elles doivent se faire uniquement en base de la compétence académique, du savoir-faire fonctionnel et de la probité. Des qualités que la règle incontournable du copartage, et la pratique tout aussi inévitable du clientélisme, rendent difficiles à réunir. Il est évident que le déficit causé par le blocage des nominations rend la paralysie d’État, initiée par les divisions intergouvernementales, encore plus prononcée et nocive.

    Ensuite, les élections municipales et de moukhtars. Certes, le gouvernement a adopté le plan de réformes arrêté par le ministre de l’Intérieur. Mais c’est sans doute pour refiler la patate chaude et le soin d’atermoyer pour que les délais soient dépassés à la Chambre, où le débat risque d’être obstructionniste ne serait-ce que parce que les députés, en tant que postulants à leur propre succession, doivent s’alarmer de la proportionnelle, système qui une fois adopté pour les municipales, pourrait s’étendre aux législatives.
    Enfin, le budget 2010, qu’il est impératif de traiter pour que l’État ne continue pas à se rabattre sur l’expédient du douzième provisoire, autre symptôme de sa léthargie. C’est en effet cette pratique qui a, tout naturellement, accompagné la paralysie politique depuis quatre ans. D’autant plus facilement qu’il n’y avait pas d’accord sur les projets publics, chantiers ou autres, à retenir. Sans compter que les ministres ou les députés n’ont cessé de se livrer à des surenchères d’exigences à connotation électorale, et à s’empêcher les uns les autres d’obtenir des acquis. Loin de tout sens de l’intérêt général, pour ne pas dire national, d’autant plus nécessaire que, comme les Libanais ne le savent que trop, les finances publiques sont largement dans le rouge. Et ce ne serait pas un surcroît d’impôts, provoquant une colère populaire dont personne ne veut, qui pourrait arranger les affaires du Trésor.

    Emile KHOURY
    L’Orient-Le Jour
    02.03.2010

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