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    « Qu’avez-vous fait de la révolution du Cèdre ? » : la manifestation du 14 février s’adressait, aussi, au 14 Mars

     

    Pour commémorer le 5e anniversaire de l’assassinat de Rafic Hariri, la coalition du 14 Mars a mobilisé « des dizaines de milliers de manifestants », place des Martyrs, selon l’AFP, dont les chiffres sont toujours minimalistes. Le pari d’une affirmation massive destinée à contrebalancer l’énorme poids que constitue, sur l’échiquier libanais, les armes du Hezbollah, a donc été gagné, en dépit d’un climat général qui est au désenchantement : celui d’une majorité frustrée de sa victoire électorale par la formation d’un gouvernement d’union nationale où, grâce à la règle du consensus convenue au sommet de Doha, le Hezbollah et ses alliés, ainsi que le courant du général Michel Aoun, dictent leur volonté.
    Pari gagné, mais avec une nuance de taille par rapport aux années précédentes : l’absence de la composante druze du 14 Mars, après la décision de recentrement de Walid Joumblatt qui, tout en prétendant jouer sur le plan interne la carte de la neutralité, mise au plan régional sur la Syrie, avec laquelle il cherche par tous les moyens à renouer.

    Les discours étaient cette année marqués par une volonté de concilier réalisme et fidélité aux constantes nationales. Le pragmatisme s’imposait dans la mesure où, ayant accepté de former un gouvernement d’entente nationale, Saad Hariri et ses alliés ne pouvaient, pratiquement, que rester attachés à cette orientation.
    Les discours ont donc reflété les grandes options du 14 Mars, mais dans les limites permises par les données du moment. « Liban d’abord », a redit Saad Hariri, tout en affirmant vouloir rester fidèle au nouvel équilibre régional, marqué par un rapprochement saoudo-syrien, qui s’insère lui-même dans une stratégie – hasardeuse – d’éloignement de la Syrie de l’Iran, et dont le gouvernement d’entente nationale est l’un des reflets les plus évidents.
    Les « constantes » de la coalition du 14 Mars se sont donc exprimées ailleurs, et d’abord à l’égard des armes du Hezbollah, dont elle ne réclame pas la disparition, mais qu’ils soient placés sous commandement libanais, et non exclusivement islamiste, d’autant que ce dernier est organiquement lié au régime iranien actuel, comme l’assurent les déclarations de solidarité adressées à Israël : en cas de conflit, c’est tout le front libano-syro-iranien qui s’embrasera.
    L’autre constante libanaise défendue hier par la coalition concerne les relations avec la Syrie. C’est de bonne guerre. Le régime syrien poursuit, en effet, ses immixtions et ingérences au Liban, par le biais de ses alliés locaux, et laisse voir ainsi qu’il n’a pas renoncé à avoir son mot à dire dans le cours de la vie politique libanaise.
    Mais le public du 14 Mars suit-il ? Ce public qui, au lendemain de l’assassinat de Rafic Hariri, est spontanément descendu dans la rue au cours d’une manifestation monstre ; ce public qui estime que le 14 Mars, c’est lui, suit-il ? Ce n’est pas sûr.
    Les messages envoyés hier ne correspondaient pas tous à la volonté des organisateurs. Dans la foule, des panneaux sont apparus sur lesquels on avait écrit : « Qu’avez-vous fait de mon vote ? » Ce message ne s’adressait pas à l’opposition, mais était à usage interne. C’était en fait une façon de demander des comptes aux leaders du 14 Mars. Qu’avez-vous fait de la révolution du Cèdre ?
    L’armée syrienne a quitté le Liban, des relations diplomatiques ont été instaurées avec la Syrie, une nouvelle Chambre a été élue, un gouvernement formé, mais on attend toujours que les structures fonctionnent, qu’elles ne soient pas seulement un décor, quand le pouvoir est exercé par des rouages extérieurs aux institutions.
    Et on attend toujours, aussi, que vos mouvements et partis soient vraiment ce qu’ils prétendent être, et non des machines à vous encenser.

    Fady NOUN
    L’Orient-Le Jour
    16.02.2010

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