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    14 février 2010 : les véritables enjeux

    Aux « dégoûtés » de la période postélectorale,

    À chaque fois que le 14 Mars – en tant que coalition porteuse d’un projet – est confronté à une échéance fondamentale qui nécessite, pour les besoins de la confrontation politique, une légitimation populaire, les mêmes questions existentielles ressurgissent : pourquoi donc renouveler l’allégeance à un leadership qui ne cesse, depuis le printemps de Beyrouth 2005, de décevoir ?

    Quoique parfaitement légitime et totalement fondée – le collectif politique du 14 Mars ayant effectivement déçu plus d’une fois, et souvent de manière grossière, depuis 2005 – la question se fonde sur une logique de base erronée. Ceux qui se posent cette question se la posent contre les chefs de file du 14 Mars, auxquels ils ne s’identifient pas (ou plus). Les partisans (dans le sens strict du terme) n’ont pas, par contre, le même questionnement existentiel : dans leur majorité, ils sont tenus de se mobiliser conformément aux directives de leurs chefs. Ce sont donc des indépendants, des individus, des membres actifs de la société civile, ceux qui représentent depuis 2005 l’opinion publique de la révolution du Cèdre, qui expriment aujourd’hui leur dégoût d’une majorité qu’ils ont pourtant reconduite le 7 juin dernier.
    Pourquoi la question que ces derniers se posent se fonde-t-elle sur une logique de base erronée ? Tout simplement parce que la société civile du 14 Mars, les individus qui forment la dynamique du mouvement (au côté des partis et des formations traditionnels) ne se sont pas mobilisés le 14 mars 2005, ni les années d’après, pour les beaux yeux d’un leader. Ils étaient convaincus, dans une logique moderne, qu’ils représentaient eux-mêmes la constituante du 14 Mars, qu’ils étaient eux-mêmes dépositaires du mouvement et de sa trajectoire. S’ils ont été séduits par le discours d’un Walid Joumblatt durant des années, c’est parce que ce dernier avait su s’élever alors à leur diapason et sortir d’un carcan politique ancestral communautaire pour les retrouver sur la place publique de la Ville et façonner l’histoire avec eux. Mais ce n’est en aucun cas pour Walid Joumblatt ou un autre qu’ils s’étaient mobilisés. Ils avaient pris conscience de leurs responsabilités et avaient décidé de prendre leur destin en main.

    Se démobiliser le 14 février 2010, malgré toutes les erreurs, volontaires et involontaires (forcées) du 14 Mars depuis le 7 juin 2009, c’est d’abord oublier le problème fondamental, celui qui fait qu’un collectif du 14 Mars se maintient : l’existence d’un ennemi politique (au sens de Julian Freund) organisé, discipliné, et puissant. S’asseoir avec le 8 Mars à la table du gouvernement est une chose déplorable, du reste exigée sur le plan international par les besoins de cette trêve hypocrite qui fait que le monde entier, devenu un tantinet naïf, espère pouvoir « éloigner la Syrie de l’Iran » ; mais démissionner devant le Hezbollah en renonçant à se mobiliser le 14 février 2010 à la place des Martyrs – envers et contre le directoire du 14 Mars, s’il le faut -, c’est cesser de soutenir un modèle démocratique et ouvert, certes archaïque, boiteux et en mal de réformes, et céder, sur le front de la guerre culturelle, à un modèle répressif et totalitaire. Une fois de plus, les enjeux véritables se situent à ce niveau : il suffit de penser aux campagnes obscures menées contre Gad el-Maleh et Anne Frank (ou lire, du reste, les derniers propos de Bachar el-Assad sur la guerre civile imminente et la nécessité d’un changement de régime au Liban, ou encore les propos des responsables du Hezbollah, qui n’ont aucun regret au sujet de l’expédition punitive du 7 mai 2008 et qui menacent sans cesse d’utiliser leurs armes à l’intérieur), annonciatrices d’un avenir incertain, pour comprendre ce dont il s’agit réellement le 14 février courant.
    Se démobiliser le 14 février 2010, pour ceux qui sont déçus et dégoûtés du 14 Mars, servira donc les intérêts du projet adverse, d’autant que le Hezbollah pourra sévir à souhait ensuite en proclamant sa victoire « populaire » finale sur le 14 Mars, d’autant plus qu’il organise le même jour une manifestation pour celui qui représente le martyr fondateur de son propre projet idéologique au Liban, Imad Moghniyé. Il suffit dans ce cadre de penser à ce qui se serait produit si chaque citoyen ne s’était pas mobilisé individuellement le 7 juin 2009 et si le 8 Mars avait gagné les élections. C’est en effet aussi a contrario qu’il faut se forcer à réfléchir : malgré sa victoire, le 14 Mars a été obligé de former un cabinet d’union nationale, et le Hezbollah continue jusqu’à ce jour de mettre en doute l’existence d’une majorité 14 marsiste en prétendant qu’il possède la majorité populaire. Osons imaginer un moment ce qu’il en serait si le 8 Mars avait remporté les élections… Dans une bataille féroce et de longue haleine, et malgré les déceptions, il ne faut pas s’attendre à des miracles du jour au lendemain. Ce n’est qu’une multitude d’actes de citoyenneté, de manifestations citoyennes et pacifiques, qui viendront à bout des armes et de la discipline paramilitariste. Cela, le Hezbollah le sait parfaitement bien ; aussi mise-t-il sur l’érosion de l’esprit du 14 Mars, et sur une désaffection du public, véritable gardien de la flamme.

    C’est pourquoi, le 14 février 2010, les nombreux « dégoûtés » de la période postélectorale devront, loin de rester chez eux, se mobiliser doublement : pour la souveraineté, l’indépendance, le monopole de la violence légitime et le rejet d’une idéologie gnostique fondée sur la violence, d’une part, et pour un changement de cap salutaire dans la pratique politique du directoire du mouvement du 14 Mars, d’autre part. Mais, encore une fois, ils ne devront se mobiliser – très loin des leaders politiques – que pour eux, parce que ce n’est pas le devenir de la classe politique, mais le leur, qui est toujours et plus que jamais en jeu.

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    08.02.2010

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