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    Le choix courageux de la Saint-Valentin

    «Le courage nourrit les guerres, mais c’est la peur qui les fait naître. »
    ALAIN

    J’y serai ou n’y serai pas ? Dois-je ou ne dois-je pas aller ? Le citoyen est troublé. Pour la première fois depuis 2005, il hésite à participer physiquement au rassemblement, devenu rite traditionnel, qui commémore le massacre de la Saint-Valentin où périrent l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et ses compagnons d’infortune. Plus qu’un état d’âme, il s’agit d’un trouble authentique qui peut coûter cher quant à ses conséquences. Faut-il laisser vide la place des Canons ? Faut-il au contraire sembler se laisser aller à cautionner la forfaiture d’une caste politique dont le manque de courage et la pusillanimité sont devenues proverbiales ? Il est vrai que le choix est cornélien ou presque.

    Thèse
    Il y a les citoyens attachés à leurs principes et qui sont hostiles à toutes les compromissions qu’ils jugent indignes. Leur analyse est fondée sur des considérations morales. Pourquoi manifester s’interroge n’importe lequel d’entre eux :
    Est-ce pour honorer la mémoire de Rafic Hariri après la visite de son fils à Damas ?
    Ou bien afin de prouver que le public du 14 Mars existe ? Mais il l’a magnifiquement démontré le 7 juin 2009 lors d’un scrutin législatif qui a surpris ceux-là mêmes qui ont détourné l’étiquette « 14 Mars » au profit de leur intérêt.
    S’agit-il, au contraire, de donner un blanc-seing à une majorité frileuse qui a peur de gouverner et qui s’apprête à encore plus de concessions sous le couvert du double mensonge de l’unité nationale et de la réconciliation ? Appartient-il à la majorité du peuple, par ailleurs victime du chantage armé de la minorité, de plier piteusement l’échine ?
    Et pourquoi faut-il mêler notre présence à celle de tous ceux qui ont retourné leur veste ou bien qui campent toujours sur leurs positions du 8 mars 2005, journée où ils ont proclamé leur allégeance à la Syrie ? Au nom de quelle cohérence faut-il accepter de se livrer à un tel funambulisme ? À quoi cela peut-il rimer ?
    Le même citoyen se dit : De grâce ne nous prêtons pas à une telle mascarade. Qu’on cesse de mépriser les hommes et les femmes libres qui n’ont jamais attendu de consigne de qui que ce soit pour descendre dans la rue. Les dirigeants qui ont usurpé le label du 14 Mars n’ont montré que du mépris à l’égard de ceux qui leur ont accordé leurs suffrages. On peut sans doute se résigner à la realpolitik. Mais on ne manifeste pas pour appuyer le reniement de ses propres principes.

    Antithèse
    On peut difficilement donner tort à un tel citoyen, récalcitrant parce que révulsé par la débauche de la forfaiture que la majorité démocratiquement élue étale sous nos yeux. Mais il est bon de se rappeler que les choix politiques se situent sur le court terme, dans cet étroit instantané du rapport de forces ici et maintenant. La démocratie est faible face à la brutalité de la force armée. On l’a vu quand les miliciens cagoulés de Sa Clémence Hassan Nasrallah ont tué les civils innocents de Beyrouth et de la montagne, en ce funeste 7 mai 2008 que Sa Clémence a qualifié de journée glorieuse.
    Ne pas manifester le 14 février prochain, c’est reconnaître sa propre défaite et, surtout, c’est montrer combien la peur est opérante. Si le 14 mars 2005 a eu lieu, c’est parce que tout un peuple a surmonté sa peur.
    Être présent à la place des Canons, ce n’est pas cautionner les discours creux que les hommes d’une majorité émiettée prononceront pour eux-mêmes, c’est au contraire montrer que la conquête militaire de Beyrouth demeure inachevée.
    Descendre à la place des Canons le 14 février, ce n’est ni pour Saad, ni pour Walid, ou Amine, ou Carlos, Marwan, Nayla et tous les autres. C’est uniquement pour rappeler que les morts ne sont pas oubliés et que la mémoire collective les enterrera quand la justice des hommes se sera prononcée, pas avant. Descendre dans la rue, ce n’est pas pour se réconcilier avec l’agresseur ou l’ancien occupant, mais pour rappeler l’exigence de justice.
    C’est pour Beyrouth qu’il faut descende dans la rue, pour qu’elle demeure une ville ouverte, une ville pacifiée par la démocratie et non par la force brutale. Répondre à l’appel de la ville, c’est exprimer un choix clair, c’est dire dans quel monde on souhaite vivre. Être dans les rues de Beyrouth le 14 février prochain, c’est être dans une certaine vision du monde faite de liberté et de toutes les couleurs de la diversité. Être dans la rue, c’est refuser catégoriquement le choix culturel du totalitarisme que veut imposer une milice politico-religieuse exaltée par la perspective de la fin des temps.
    Descendre dans la rue, ce n’est pas pour répéter l’événement éphémère du 14 mars 2005, mais c’est encore et toujours dire « non » aux projets idéologiques de Sa Clémence Hassan Nasrallah et de Naïm Kassem.
    Être dans la rue, c’est dire au monde le caractère pacifique du peuple libanais et c’est prouver que ce peuple a définitivement surmonté sa peur et vaincu ses vieux démons.

    Synthèse
    Je sais que tout sera mis en œuvre pour récupérer l’événement et le vider de son sens, mais je serai dans la rue le 14 février prochain afin de ne donner à personne l’occasion de se réjouir de m’avoir terrorisé et fait sortir du cœur de Beyrouth.

    Antoine COURBAN
    L’Orient-Le Jour
    06.02.2010

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