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    Le 14 février, et le lendemain…

    Dimanche dernier, et comme chaque année, les dirigeants de la coalition du 14 Mars ont appelé pour un rassemblement populaire place des Martyrs le 14 février.

    Rassemblement dont on me dit que ce n’est pas, ou du moins pas juste, la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri, mais la célébration populaire de la révolution du Cèdre, la date du 14 mars, celle portant pourtant la symbolique de 2005, étant le rendez-vous des politiciens de la coalition éponyme.
    Soit !

    Rassemblement dont on me dit de même qu’il est, ou du moins doit être, la consécration des idéaux et des attentes exprimés il y a cinq ans et affirmant le choix d’une identité libanaise bâtie autour du vivre-ensemble islamo-chrétien, le choix d’un État indépendant, fort et surtout souverain, le choix d’un Liban assumant sa vocation dans le monde arabe et au sein de la communauté internationale.
    Soit !

    Rassemblement dont on omet beaucoup trop souvent de me dire qu’il devrait être la voix d’une opinion publique libre, née spontanément, et qui, n’en déplaise à certains leaders de la coalition du 14 Mars, n’appartient majoritairement qu’à ses principes. Une opinion publique, que l’histoire retiendra comme celle de la première révolution démocratique et pacifique dans un Moyen-Orient agité de violence et empreint de tyrannie. Une opinion publique dont le premier geste fut de donner au Liban une indépendance que ni les armes, ni les calculs, ni les gesticulations n’avaient obtenue. Une opinion publique, surtout, dont le premier mot, fondateur, fut de dire : « De peuple, nous voulons devenir nation. »
    Cette opinion publique a porté cet espoir pendant cinq ans et en a maintenu la flamme. Elle l’a maintenue par sa détermination jusqu’à la sortie du dernier soldat syrien, elle l’a maintenue par sa solidarité durant la guerre de juillet 2006, elle l’a maintenue par sa résilience à la crise de 2007, elle l’a maintenue par son abnégation en mai 2008, elle l’a enfin maintenue par son choix aux législatives et autres élections de 2009. Elle l’a encore maintenue face aux uns et aux autres, face aux opposants qui lui contestent légitimité et projet, face aux détracteurs qui n’y voient qu’un mouvement temporaire et transitoire, face aux anciens partenaires qui étaient là par calcul ou qui sont partis, face aux vieux amis qui partagent encore les mêmes idéaux, mais pas les derniers choix de ses politiciens, et face aux alliés qui sont tentés d’opter pour des approches alternatives devant le manque de résultats.

    Mais aujourd’hui, la bora qui s’est levée cet été, soudaine, inattendue, si difficile à comprendre et sans doute plus à accepter, assaille cette flamme de son souffle glacial. Aujourd’hui, cette géante à la face effarée, ce spectre fait de fumées, se dresse grandissante, moquant les espoirs exprimés, rebutant les efforts déployés, punissant les hésitations, châtiant les ambiguïtés et rappelant les erreurs, nombreuses et impardonnables, dont nous avons jalonné les cinq dernières années : éviter de démettre tous les protagonistes de la tutelle syrienne, se compromettre dans l’accord quadripartite, s’accrocher vénalement au pouvoir, accepter une guerre imposée, déposer l’arme qu’est la Constitution, capituler face à la violence, renoncer à la victoire obtenue dans les urnes et surtout, surtout, envisager d’abdiquer l’espoir et de se résigner au recul.
    Beaucoup en incombe aux leaders de la coalition du 14 Mars, vestiges, pour un grand nombre d’entre eux, d’une « polis » périmée, peuplée de masses et vide de citoyens. Beaucoup en incombe à certains de ne pas avoir compris l’horizon nouveau qui se dessinait. Beaucoup en incombe à d’autres d’avoir cru pouvoir s’approprier le sentiment populaire. Et beaucoup en incombe à quelques-uns d’avoir sacrifié l’intérêt de la cause à leurs agiotages personnels. Oui, beaucoup, malgré la conviction ferme et résolue que plusieurs ont montrée, malgré le prix que d’aucuns ont payé de leur vie et malgré le danger auquel d’autres firent face. Beaucoup, et tellement, qu’il en devient de légitime essentiel de leur demander compte, de leur exprimer notre mécontentement et de leur retirer notre confiance. Beaucoup, et tellement, que la tentation de ne pas répondre à leur appel de rassemblement en devient grande. Mais ce serait nous tromper !

    Le rassemblement du 14 Février est une tribune dont l’auditoire les dépasse largement. Place des Martyrs, nous ne dialoguons pas uniquement avec politiciens de la coalition du 14 Mars, nous nous adressons au monde ! Nous nous adressons à nos détracteurs internes qui nous imaginent las et en déroute. Nous nous adressons à nos opposants étrangers qui nous attendent vaincus. Nous nous adressons à nos alliés arabes et internationaux qui nous espèrent tenaces. Nous nous adressons aux peuples qui nous souhaitent triomphants. Et surtout, nous nous adressons à nous-mêmes qui nous nous savons confiants, fermes et résolus : « Nous avons un avenir à construire, quelque long que soit le parcours, quelque lente que soit la progression, quelque difficile que soit l’avancée, et nous ne nous arrêterons pas. » Le message que nous portons doit s’entendre haut et fort. Ne pas nous rassembler serait nous taire, et nous taire serait disparaître !

    Le Printemps de Beyrouth doit renaître le 14 février 2010, sain et tendu vers l’avenir. Il renaîtra dans une communion populaire massive et s’en élancera pour parcourir son chemin des prochaines semaines, des prochains mois et des prochaines années. Son opinion publique se le réappropriera et lui imprimera son image, parce que aujourd’hui plus que jamais, elle en atteste la légitimité, en maintient les convictions et en porte les espoirs. Ses figures politiques devront en prendre acte, assumer leurs obligations et réaliser que leur sursis de cavalier seul a expiré. Demain, nous les jugerons, et nous le ferons sans faute et sans complaisance, à l’aune de trois tâches majeures :

    Le renouveau : a) Avoir un cinquième des présents à la grand messe du 14 mars 2010 qui soient issus des nombreux rangs de femmes et d’hommes indépendants et compétents de la société civile du 14 Mars, et qui ne se retrouvent dans aucun des partis de sa coalition, parce que notre voix compte ! b) Mobiliser la jeunesse du 14 Mars dans les trois prochains mois, en leur confiant le message du Printemps de Beyrouth, parce qu’ils sont notre avenir ! c) Communiquer dès maintenant avec l’opinion publique et formaliser les débats de manière pérenne, parce que nous sommes partenaires !

    Le recadrage : a) Réaffirmer fermement et au plus tôt les principes et les fondements de nos objectifs politiques prioritaires, parce que nous savons ce que nous voulons ! b) Énoncer nettement et rapidement notre vision d’un Liban pacifique et prospère et d’un État juste, fort et souverain, et expliciter les détails de notre plan pour y parvenir, parce que nous en avons besoin ! c) Définir clairement dans l’année l’identité libanaise que nous voulons construire et en partager les ambitions, parce que nous lui appartenons !

    La cohérence : a) Refléter sans attendre notre message et nos idéaux dans tout acte entrepris, tout choix adopté et tout discours prononcé, sans regard pour les intérêts personnels et les calculs politiciens, parce que c’est le mandat que nous vous avons donné ! b) Reprendre immédiatement et maintenir un dialogue interne trop relâché dernièrement, parce que nous sommes plus forts unis ! c) « Rester unis, musulmans et chrétiens, jusqu’à la fin des temps, en défense du Liban », parce que nous l’avons juré !

    Le 14 février, nous devons être présents. Si d’aucuns fantasment que le soleil se couche sur le Printemps de Beyrouth, c’est qu’ils oublient que « ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol » (G.W.F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1821). Nous serons présents le 14 février, et nous serons présents demain. Nous ne permettrons pas à nos politiciens de répéter les erreurs que, par excès de confiance, par manque de responsabilisation et sans doute par paresse, nous les avons laissé commettre. Nous serons présents place de Martyrs et nous serons présents debout.
    Parce ce que l’histoire s’écrit debout !

    Ramzi KALLAB
    L’Orient-Le Jour
    06.02.2010

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