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    Feintes reliques

    Abou Moussa, qui fait beaucoup parler de lui ces derniers jours, est pourtant un has-been, une gloire passée. Réfugié de 1948, brillant colonel d’artillerie dans l’armée royale jordanienne, laquelle d’ailleurs l’envoya se spécialiser dans la prestigieuse Académie militaire britannique de Sandhurst, rallié à la résistance palestinienne, il ne tarde pas à contester l’autorité de Yasser Arafat pour finir par faire sécession en fondant, avec le soutien de la Syrie, le Fateh-Intifada.

    Son heure de gloire (et c’est seulement façon de parler), Abou Moussa la connaît d’abord en 1976 quand, à la tête d’irréguliers syriens combattant sous les couleurs de l’Armée de Libération palestinienne ou du groupe baassiste al-Saïqa, il mène l’assaut contre la localité chrétienne libanaise de Damour, dont la population est impitoyablement égorgée : ce qui ne requérait, en vérité, aucune aptitude particulière en matière d’artillerie. Mais c’est surtout en 1983 qu’Abou Moussa connaît la célébrité quand, avec le concours déclaré cette fois de l’armée syrienne, il déloge Arafat et ses hommes de Tripoli ; prodige des concordances objectives d’intérêts, il ne faisait ainsi que parachever une élimination de l’OLP réalisée à demi seulement, l’année précédente, par l’envahisseur israélien.

    Si les hauts faits d’Abou Moussa ont droit à autant d’espace dans ces colonnes, c’est que depuis près de trois décennies il semblait s’être retiré des affaires, vivant des jours tranquilles dans sa résidence de Damas et laissant le devant de la scène (libanaise, comme il se doit) à cette autre créature des services syriens qu’est le chef du FPLP-Commandement général Ahmed Jibril. Et qu’il n’est sorti de sa boîte damascène que pour s’en venir claironner, sur place, jour après jour depuis le week-end dernier, son refus catégorique de tout désarmement des combattants palestiniens postés hors des camps de réfugiés, propos qu’il a fait mine de tempérer en se disant prêt à débattre de la question avec les autorités locales. Étant bien entendu que la lutte contre Israël est une affaire débordant le cadre strictement libanais, ce qui exclut donc toute possibilité de désarmement, mais n’interdit pas pour autant une entente.

    Qu’Abou Moussa se moque visiblement du monde, à commencer par l’État libanais, qu’il aille jusqu’à contester un des rares points d’accord réalisés à la conférence du dialogue national, ce n’est là qu’une infime partie du problème. À la marionnette soudain réapparue sur les planches, le Conseil des ministres a d’ailleurs répondu hier en s’en tenant à la volonté unanime des Libanais (encore loin d’être concrétisée hélas) de bannir toute apparence armée palestinienne hors de l’enceinte des camps. Nulle voix officielle toutefois n’a fait mention du tireur de ficelles, ne s’est étonnée d’un geste aussi inamical que l’envoi subit de cette momie piégée, sortie tout droit du musée, tout cela à un moment où on se félicite, çà et là, de la normalisation en cours avec le voisin syrien.

    Il en va de l’armement hors camps comme des promesses de non-ingérence, comme de cette délimitation des frontières régulièrement renvoyée aux calendes grecques. En fait de normalisation, Damas n’a pas fini de faire du neuf avec du vieux.

    Issa GORAIEB
    L’Orient-Le Jour
    20.01.2010

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