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    Maître(s) ès discorde

    Elle semble décidément bien remise en question, cette réputation d’imperturbabilité du colosse hezbollahi… Comment comprendre sinon qu’une volonté d’invalidation de la déclaration ministérielle légitimant les armes « sacrées » par un parti politique puisse justifier des propos aussi hargneux que ceux tenus par le député Nawwaf Moussawi hier. Au-delà des « conseils » de Hassan Nasrallah ou de la nouvelle théogonie de Michel Aoun, qui restent dans le cadre du discours politique, c’est dans le venin savamment distillé qu’a une nouvelle fois excellé l’ancien membre du comité de dialogue islamo-chrétien (!!), en suivant une stratégie parfaitement sournoise et bien déterminée. Ainsi s’agit-il d’abord de maintenir les chrétiens dans la culpabilité de l’accord du 17 Mai et de la guerre de la Montagne, ce en quoi le régime syrien était passé maître. C’était (et cela reste) le moyen de coller immédiatement l’étiquette de « collaborateur » et de « traître » à toute voix osant rejeter le fait accompli, autrefois celui de l’occupation syrienne, aujourd’hui celui des armes miliciennes. Cela ressemble d’ailleurs fort malencontreusement aux techniques sionistes en Occident visant à maintenir jusqu’à présent les chrétiens dans la culpabilité des massacres de juifs sous l’Inquisition, pour les culpabiliser et les dissuader de condamner les massacres commis aujourd’hui par l’État hébreu dans les territoires palestiniens.

    Une fois l’index pointé sur ce traître de l’intérieur, qui doit être absolument désavoué, le député du Hezbollah peut passer au stade suivant : plaquer délibérément les chrétiens aux côtés d’Israël dans une nouvelle pseudocollaboration qui n’existe que dans ses propres pérégrinations fantasmatiques, « dans le cas d’une nouvelle invasion israélienne » qui équivaudrait à celle de 1982. C’est un cran de plus dans la stratégie visant non plus seulement à désavouer et paralyser les voix chrétiennes qui osent actuellement s’opposer aux armes de facto, mais tout bonnement à justifier une mise à mort, fût-elle morale ou même physique. C’est ce qu’on appelle du terrorisme intellectuel.

    Mais le pire reste dans le troisième stade du schème : celui qui vise à exciter les dissensions communautaires, et à raviver, dans le style et la forme du discours, les plaies de cette grosse absurdité sanglante qu’était la guerre de la Montagne, afin d’exciter les sentiments sectaires et de monter druzes contre chrétiens. C’est le stade de l’isolement qui précède celui de la mise à mort, celui de la désagrégation du milieu social et communautaire qui doit ouvrir la voie à la violence.

    La provocation est peut-être le seul mode de communication prisé par le député Moussawi, et ce en dépit de tous ses effets maléfiques. Mais il reste que son fiel n’est en rien impressionnant. Oui les chrétiens ont collaboré avec Israël, oui ils en ont tiré les leçons, oui ils ont fait un mea culpa d’une quinzaine d’années. Sauf qu’ils n’ont pas été les seuls à le faire : plusieurs factions et individus d’autres communautés, notamment chiite, l’ont fait aussi. L’apanage du collaborationnisme et de la collaboration ne revient à aucune communauté, mais à des groupes d’individus. Ensuite, la guerre est finie depuis bientôt 20 ans : n’est-il pas temps que le Hezbollah lui aussi en sorte, qu’il puisse cesser, ainsi que ses alliés chrétiens, de prendre un plaisir assassin à réveiller les démons du passé, d’où personne ne peut sortir indemne en définitive, pas même Nawwaf Moussawi lui-même ? Pourquoi M. Moussawi refusait catégoriquement à Samir Frangié, lors de leur débat sur les ondes de la MTV, il y a quelques semaines, toute allusion à l’expédition punitive et sanglante de mai 2008 à Beyrouth et dans la Montagne, accusant ce dernier de « vouloir semer la zizanie »… alors qu’il se permet largement de prendre ses aises pour déverser sa haine sectaire et tenter vainement de défaire la réconciliation de la Montagne entre le patriarche maronite et Walid Joumblatt ?

    Quant au syndrome israélien, il est bon enfin de rappeler au député du Hezbollah que, jusqu’à présent, sur le plan politique, les effets de la guerre israélienne de juillet 2006 ont servi au parti de Dieu, « victoire divine » oblige : le 14 Mars et l’État ont été affaiblis, et le régime syrien a repris du poil de la bête. Ce qui s’inscrit parfaitement dans la logique régionale d’Israël : renforcer l’axe chiite pour provoquer un équilibre avec la majorité sunnite dans le monde arabe, aviver le conflit intermusulman et mettre ainsi le Moyen-Orient à feu et à sang. Un jeu sordide dans lequel le Hezbollah s’inscrit parfaitement, comme l’ont prouvé, encore une fois, les événements de mai 2008. Une nouvelle guerre israélienne contre le Liban ne servirait, dans ce cadre, ni le 14 Mars (et surtout pas les chrétiens parmi eux) ni la logique de l’État, qui en ressortiraient encore plus affaiblis, mais ne pourrait rendre service qu’au régime syrien… et au Hezbollah, qui, sur les ruines de la République (et du Liban-Sud), et en coordination avec la folie destructrice d’Israël, assoira avec encore plus de fermeté son pouvoir sur le pays du Cèdre…

    Michel HAJJI GEORGIOU
    L’Orient-Le Jour
    30.12.2009

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