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    Les télécoms : un secteur symbole ?

    Une page de la politique libanaise se tourne. Bien sûr, ce gouvernement n’est pas idéal. Mais une chose est sûre, il dispose d’une certaine marge de manœuvre. Quelle meilleure occasion pour que la classe politique prouve enfin au peuple libanais qu’elle se préoccupe réellement de lui et de ses aspirations…
    Le secteur des télécoms pourrait être le vecteur de ce changement de mode opératoire. Il faudrait pour cela que la minorité, à qui le portefeuille a été attribué, s’entende avec la majorité sur une stratégie et la mette en œuvre. L’enjeu est immense pour l’État, qui prouverait ainsi sa capacité à agir dans un secteur-clé, mais surtout pour l’économie du pays : tous les experts internationaux le disent, les télécoms sont un puissant vecteur de croissance.
    Selon un récent rapport de la Banque mondiale, 10 % de taux de pénétration supplémentaire de la téléphonie mobile génère 0,73 % de produit intérieur brut (PIB) en plus. L’impact de l’Internet est encore plus sensible : 10 % de taux de pénétration supplémentaire se traduit par 1,4 point de croissance additionnelle.
    Or au Liban, la marge de progression est encore très grande. Car si le pays faisait figure de pionnier dans les années 1990, aujourd’hui il est nettement à la traîne. Pas seulement par rapport aux pays développés, mais par rapport aussi à nos voisins, comme la Jordanie par exemple. Un rapport de l’Arab Advisors Group classe le pays à la 14e place sur 19 pays de la région en termes de connectivité. Le sous-développement reflété par ce classement est lié à des problèmes de prix et de qualité : bien que récemment réduits, les tarifs du téléphone et d’Internet sont parmi les plus élevés de la région.
    Ce retard affecte tout le monde, car les télécommunications sont un service de grande consommation. Tout progrès dans le domaine sera nécessairement ressenti par tous, alors qu’aujourd’hui, le secteur est un sujet de lamentation généralisée.
    Mais, on l’oublie souvent, les télécommunications sont aussi et surtout un outil de travail pour les entreprises. Certaines d’entre elles ont un modèle économique entièrement tributaire de ce service. Or il se trouve que le Liban a les moyens d’être particulièrement compétitif dans cette catégorie d’entreprises à forte valeur ajoutée : médias, informatique, centres d’appel, etc. Quelles que soient les appartenances politiques des uns et des autres, l’on ne peut que reconnaître qu’il est regrettable d’en arriver à ce qu’un ministre porte plainte contre un fonctionnaire parce que l’administration ne fournit pas aux entreprises le service auquel elles ont droit !
    Quel gâchis constituent ces milliers d’emplois qui échappent au Liban parce qu’il n’a pas été en mesure de créer l’infrastructure d’accueil indispensable à « une cité des médias » ou à une autre forme d’incubateur de nouvelles technologies.
    Les chantiers du gouvernement sont nombreux : privatiser enfin les réseaux mobiles et créer la licence de Liban Télécom afin d’instaurer une concurrence saine entre trois opérateurs qui profitera aux consommateurs ; faire enfin entrer le Liban dans l’ère du haut débit en libéralisant l’attribution des licences d’accès aux câbles de fibre optique ou aux fréquences micro-onde ; permettre à l’Autorité de régulation des télécoms d’exercer réellement les compétences qui lui sont dévolues par la loi 431 au lieu de perpétuer une concurrence stérile entre elle et le ministère des Télécoms…
    Les télécommunications pourraient devenir un double symbole : celui d’un compromis politique réalisé dans l’intérêt général, qui pourrait servir de modèle à d’autres politiques publiques ; et celui du décollage économique d’un secteur de services pour lequel le Liban peut certainement avoir beaucoup d’ambitions. Les experts libanais ne sont-ils pas nombreux parmi les cadres des plus grandes compagnies régionales de télécoms ?

    Robert FADEL
    L’Orient-Le Jour
    23.12.2009

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