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    Liban-Syrie : chat échaudé craint l’eau froide…

    Des visites à gogo, des accolades, des serrements de main, et des serments la main sur le cœur. Ce ballet semble prometteur. Mais la normalisation entre le Liban et la Syrie exige bien plus que des promesses. Les relations bilatérales doivent, pour devenir vraiment privilégiées, obéir à la vieille maxime : le Liban ne se gouverne pas à partir de la Syrie, ni la Syrie à partir du Liban. Si tant est qu’il puisse jamais y songer !
    Et si tant est que la Syrie puisse enfin considérer le Liban comme n’étant plus un mineur à placer sous sa tutelle. Directe, ou par le truchement de partis et de courants locaux toujours prêts à servir ses intérêts en premier. Encore heureux qu’elle ait cessé, à travers cet échange d’ambassadeurs qui tient lieu de reconnaissance officielle, de prétendre qu’une bonne partie du Liban lui a été arrachée, alors qu’elle aurait dû constituer sa dix-neuvième province.
    Une frustration que la Syrie n’a cessé d’exprimer dès les années quarante. Même quand il arrivait que les dirigeants en place dans les deux pays étaient amis, dès le moindre litige d’intérêts, la Syrie fermait la frontière de Masnaa, donc le commerce de transit si important pour le Liban, et coupait les livraisons de blé. Plus de frictions entre gouvernants du temps de la tutelle, puisque l’appareil libanais était mis en place par Damas et lui obéissait au doigt et à l’œil. Mais l’acrimonie a continué à se déverser sur les Libanais encore attachés à l’indépendance, éliminés ou neutralisés, d’une façon ou d’une autre…
    Évacuée par la porte, grâce à la révolution du Cèdre, à la suite de l’assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons, la Syrie a vite fait de rentrer par la fenêtre que le 8 Mars lui a ouverte. Pour contrer l’État de droit libanais et contrôler le pouvoir local par défaut, en empêchant les souverainistes de gouverner vraiment. Ce qui lui permet, finalement, de fixer le cap que ce pays doit suivre, cette fois par procuration.
    Ainsi, alors que le régime libanais actuel, parfaitement consensuel, se tient à égale distance des loyalistes et des opposants, la Syrie continue à n’entretenir avec lui que des rapports partagés. C’est-à-dire qu’elle refuse de se contenter de relations d’État à État et maintient des liens étroits, directeurs pour tout dire, avec les partis, les courants et les pôles de la minorité parlementaire. Ce qui lui permet de peser d’une manière décisive sur la balance locale. On a vu de la sorte que, comme Sleimane Frangié l’a déclaré, c’est son intervention qui a seule permis, au bout de cinq mois de crise, la formation de l’actuel cabinet dit d’union nationale. De plus, cette fois, le fameux mot d’ordre n’a pas été glissé à l’oreille des prosyriens ou confié pour transmission au régime, mais lancé ouvertement de Damas. Sans doute parce que la Syrie a voulu prouver aux Américains, aux Saoudiens et aux Français qu’au Liban c’est bien elle qui fait la décision. Ce qui signifie, par extrapolation élémentaire, que ce pays n’est toujours pas capable de se gouverner lui-même et devrait retomber sous sa tutelle.
    Toujours est-il que les bonnes intentions qu’affiche aujourd’hui Damas peuvent, et doivent, se traduire rapidement en actes. D’abord, il faut donner de la consistance aux relations diplomatiques. De sorte que les ambassades ne restent plus de simples façades protocolaires, surclassées par un Conseil mixte de nom, mais syrien en réalité qui n’a plus lieu d’être juridiquement. De sorte, également, que des pôles libanais cessent de sauter par-dessus l’autorité du chef de l’État, pour traiter avec la Syrie.
    Il est nécessaire, ensuite, de remettre sur le tapis tous les accords, tous les protocoles conclus dans le cadre d’un pacte dit de fraternité évidemment inéquitable. Il s’agit, d’abord, de reformuler un accord de sécurité axé sur le seul impératif de protéger la Syrie d’actions hostiles menées à partir du Liban. Pour en faire un traité de sûreté commune, donc, en tout premier lieu, stratégie de défense face aux menaces et aux visées israéliennes. Afin que les deux alliés décident ensemble, le cas échéant, d’aller à la guerre ou de conclure la paix. Étant entendu, dans cette logique, que le principe de résistance active, pour être maintenu, ne doit pas se limiter au Liban, mais s’étendre au Golan.
    La Syrie doit également, pour montrer vraiment patte blanche, consentir au tracé des frontières en commençant par Chebaa, verrouiller les frontières face au trafic d’armes et à la contrebande. Et bien évidemment, se hâter de démanteler les bases armées qu’elle confie dans la Békaa à des organisations palestiniennes qui gravitent dans son orbite. Enfin, et surtout, il lui faut régler au plus vite le drame humain des Libanais qu’elle détient dans ses geôles.

    Emile KHOURY
    L’Orient-Le Jour
    22.12.2009

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