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    La maladie de Doha

    Avant d’être une erreur politique, le gouvernement d’entente nationale est une erreur culturelle. Elle augure d’une période de stagnation plus ou moins durable, selon le temps qu’on mettra à en constater ses effets débilitants sur la pensée et la production intellectuelle au Liban.
    Erreur politique, car la dynamique de l’alternance est stoppée et remplacée par une sorte d’ « unanimisme » politique où personne ne doit lutter pour le pouvoir, puisque détenteur du pouvoir.
    Erreur culturelle, car après l’acceptation de la confusion entre les pouvoirs législatif et exécutif, une véritable régression démocratique, cette mentalité va déteindre sur la pensée elle-même, avec la constitution de « plafonds » rationnels infranchissables, gardés par les tenants de l’orthodoxie religieuse ou idéologique.
    De ce fait, toute l’énergie intellectuelle d’un peuple risque de servir désormais à justifier l’ordre établi et à perpétuer la paix civile, par la multiplication des compromis conceptuels.
    L’erreur pourrait aller jusqu’à la confusion des sphères de la foi et de la raison, dont l’autonomie, conquise de haute lutte, est l’un des fondements de la modernité.
    Cette confusion propre à la pensée religieuse est aussi l’apanage des régimes totalitaires, où la foi est remplacée par la pensée unique. Et l’on sait que dans tous les pays totalitaires, les objecteurs de conscience, qu’ils objectent au nom des droits de l’homme, ou au nom de valeurs proprement religieuses, sont en prison, au nom de la raison d’État.
    Nous avons quelques exemples de « pensée unique » dans les ingérences culturelles du Hezbollah dans le domaine pédagogique et culturel : suppression du Journal d’Anne Frank du programme scolaire d’une école, campagne visant à empêcher Gad Elmaleh de se produire au Festival de Beiteddine, et pour interdire la diffusion du film Persépolis.
    On en a vu un autre exemple dans les atteintes à la liberté d’expression et à la presse qui ont accompagné le coup du 7 mai 2008.
    On ne saurait souligner assez fort combien l’entrée du 14 Mars comme instance politique dans cette dynamique fait perdre à ce mouvement sa raison d’être de mouvement d’émancipation national, de prise de conscience identitaire.
    Le contraste entre un régime normal et cette pathologie de la démocratie, qu’on appellera « la maladie de Doha », ressortira avec encore plus d’évidence quand le tribunal international va se prononcer sur les attentats et crimes perpétrés entre octobre 2004 (attentat contre Marwan Hamadé) et janvier 2008 (attentat contre Wissam Eid). Quoi ? allons-nous renoncer à la justice ? À la vérité ? Le Judiciaire va-t-il donc se confondre, à son tour, avec l’Exécutif et le Législatif ?
    Au demeurant, le rejet « à l’unanimité » des recours en invalidation par le Conseil constitutionnel, où toutes les forces politiques sont représentées, n’en est-il pas un premier exemple ?
    Le message de « dialogue « et de « tolérance » du Liban ne doit pas se transformer en une bouillie culturelle et politique insipide. Il doit rester le fidèle compagnon d’un questionnement permanent que rien ne menace, ni les armes ni l’intimidation idéologique. Ne nous adaptons pas à une situation anormale. C’est peut-être le passage obligé pour que tous les Libanais apprennent le bon usage de la liberté et sa valeur, mais faisons tout pour en sortir le plus vite possible.

    Fady NOUN
    L’Orient-Le Jour
    01.12.2009

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