La non-violence, paradigme des révolutions de la jeunesse arabe
Dans une célèbre expérience en physique, un écran percé de deux ouvertures est placé entre une plaque photographique et une source lumineuse qui émet des photons, un par un, en direction de l’écran. Lorsque les photons parviennent aux ouvertures, il est impossible de déterminer laquelle de ces ouvertures sera traversée par la particule ni où celle-ci terminera sa trajectoire. Le mouvement des photons paraît ainsi obéir à la loi du hasard et n’est donc pas prévisible. Mais en envoyant de la sorte un millier de photons, on constate que ces derniers ne laissent pas une trace définie au hasard sur la plaque photographique, mais forment plutôt une image bien définie. On en déduit que le caractère imprévisible du comportement de chaque particule prise séparément cache en réalité un haut degré d’organisation qui ne peut être expliqué. C’est comme si une « attraction étrangère » organisait en profondeur le comportement des particules. Les physiciens ont convenu ainsi de l’existence d’une constante universelle supplémentaire, la synchronisation, comme complément du principe de cause à effet. Dans le monde de la physique, chaque particule semble savoir exactement quel sera le comportement des autres particules au même instant, en dépit du fait qu’elles sont éloignées.
Si nous nous inspirons de la physique afin d’expliquer la psychologie du comportement humain en appliquant la loi de la synchronisation combinée au concept de l’inconscient collectif introduit par C. G. Jung, en plus de la psychologie de masse élaborée par Le Bon, nous pourrons alors comprendre ce qui se produit dans le monde arabe. Si nous ne pouvons pas prévoir le comportement des individus ou des sociétés arabes pris séparément, il reste qu’il semble y avoir un cumul de cause à effet qui a enclenché une prise de conscience au plan interne et une forte dynamique qui ont entraîné ces sociétés arabes dans ce dynamisme concomitant auquel nous assistons. Je n’ai trouvé que cette introduction pour expliquer le timing des révolutions de la jeunesse et des soulèvements concomitants, ainsi que l’unité des revendications soulevées dans certains pays arabes, alors que la situation dans ces pays était quasi désespérée et que les désillusions et les défaites paraissaient être une fatalité. Le monde arabe a subi plusieurs chocs qui ont été à la base d’un cercle vicieux de décadence et qui l’ont soumis à l’oppression et à la violence des régimes militaires qui sont arrivés au pouvoir, comme conséquence de l’occupation de la Palestine, par le biais de coups d’État qualifiés faussement de « révolutions ».
Des régimes sécuritaires se sont donc instaurés, prétendant avoir pour objectif de libérer la Palestine. Ils ont toutefois abouti à une série de défaites successives, dont notamment la débâcle de 1967. Il n’en a résulté que l’oppression des peuples arabes qui ont été privés de justice sociale, de développement et de libération. Les dirigeants arabes et leurs élites ont tellement utilisé le terme démocratie que nous sommes stupéfaits de constater que la réalité est aux antipodes. Elle est marquée par la répression, la corruption et l’absence de démocratie. La répression dans ce cadre a plusieurs visages : elle se manifeste par l’interdiction de livres et de films, l’absence de liberté d’opinion, de libertés individuelles et politiques, l’atteinte à tous les droits fondamentaux, avec le recours à l’emprisonnement, la torture et les sévices comme instrument de pouvoir et de domination.
Après l’exemple modèle qu’a constitué la libération du Liban-Sud en l’an 2000, du fait qu’elle a brisé le mythe de l’invincibilité de l’armée de l’ennemi israélien et a donné un nouvel espoir pour la libération de la Palestine, les attentats contre les deux tours en septembre 2001 et ce qui en a résulté au niveau de l’occupation de l’Irak en 2003 et de la guerre menée par Israël contre le Liban et Gaza en 2006 et 2007 ont constitué un choc pour le citoyen arabe. Ce dernier s’est trouvé totalement impuissant face aux griffes de Ben Laden, des régimes arabes complices, de Bush et d’Israël.
La crise économique internationale qui se poursuit depuis 2008 a accru davantage l’instabilité économique et a contribué à aggraver le chômage à l’ombre d’une gestion inéquitable de l’économie qui a concentré les richesses entre les mains d’un nombre limité d’individus des classes dirigeantes qui affichaient leur richesse et leur corruption. Ce contexte a entraîné le monde arabe dans un déclin sans précédent qui l’a placé au cours de la première décennie 2000 au bas de l’échelle dans les rapports de développement établis par les Nations unies.
La question qui se posait constamment était « Quand les peuples arabes se révolteront-ils ? »
La volonté de changement était latente et les tentatives de soulèvement contre cette réalité allaient crescendo depuis le début du troisième millénaire, d’autant que l’image négative de l’Arabe aux yeux du monde avait atteint un degré de décadence qui n’était plus concevable. L’Arabe était en effet choqué quotidiennement de voir que son image dans les médias occidentaux et dans les films hollywoodiens était présentée comme celle d’un individu sauvage ayant un aspect bédouin et possédant des palais, des voitures de luxe et des yachts somptueux, ou celle d’un individu pauvre et terroriste qui porte les armes pour tuer l’Occidental ou le pauvre Israélien.


