La stratégie du rameau d’olivier
… Et voilà. C’est reparti. Ce matin, à Baabda, les quatorze vont reprendre les sourires, les poignées de main, et tous ces bavardages inutiles sur la « Résistance »… comme lors de la dernière séance de dialogue national sur la stratégie de défense, en décembre 2008. Un simulacre de dialogue que plus d’un ténor du 14 Mars, le dernier en date étant le président Amine Gemayel hier, n’ont pas manqué de dénoncer comme étant une « perte de temps ». Se mettre à la même table pour dialoguer, c’est magnifique : c’est une formidable preuve d’égalité et de respect. Mais s’asseoir à la même table de celui qui, sur le plan symbolique, considère ses armes comme une condition sine qua non de son existence – « les armes sont là pour défendre les armes », avait affirmé, rappelons-le, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en mai 2008 pour justifier l’attaque contre Beyrouth et la Montagne – et refuse l’idée même qu’il puisse ou doive un jour renoncer à ses privilèges, c’est une autre paire de manches. Il y a là en effet quelque chose de pernicieux, de parfaitement stérile…
Mais tout cela a déjà été inlassablement dit et redit sous des formes différentes au cours des dernières années et des derniers mois, sans que cela n’émeuve – bien au contraire – ni les responsables du parti de Dieu, ni leur seul et unique commandant en chef, le wali el-faqih de Téhéran, ni même leurs alliés chrétiens du 8 Mars.
Si le débat sur la stratégie de défense souhaite encore garder un certain sens, il se doit de tirer les leçons de l’horrible guerre de Gaza. En ce sens, janvier 2009 n’est plus décembre 2008. Entre-temps, que de paris internes ont été faits par les tenants de « l’option de la résistance » durant la guerre de Gaza, Nasrallah allant lui-même jusqu’à anticiper, dès le début du conflit, l’issue, la signification, le sens, qu’il voulait personnellement donner à ce dernier, en affirmant que « la guerre de Gaza scelle le débat sur la stratégie de défense » au Liban.
Hassan Nasrallah a raison. Le massacre inhumain commis par Israël contre la population de Gaza scelle, en quelque sorte, le débat sur la stratégie de défense au Liban – mais exactement dans le sens contraire au souhait du Hezbollah. En fait, l’usage et la logique de la violence, tant par les criminels israéliens que par les boutefeux de « l’option de la résistance », contribuent désormais, mimétisme oblige, à situer ces deux parties en dehors de l’histoire. Car, en quelques jours, le monde entier est sorti, avec le départ de George W. Bush, d’une phase de guerre, pour entrer, avec Barack Obama, de plain-pied dans ce qui s’annonce comme une phase de paix.
L’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche marque, en principe, le début d’une nouvelle ère globale dont le mot-clé sera la paix. L’allocution du nouveau président lors de sa prestation de serment – et sa volonté de renouer avec la primauté du droit international et des libertés sur la force – était suffisamment éloquente à cet égard. Les mots ont ensuite été suivis d’actes : la décision de fermer Guantanamo, puis l’envoi de négociateurs brillants au Proche-Orient (et dans les autres zones de tension), avec à la cé le soutien ferme à une paix fondée sur l’existence de deux États israélien et palestinien viables et indépendants. Ces quelques gestes, ainsi qu’un discours sur les « valeurs américaines », contribuent à placer quelque peu Barack Obama dans la tradition de Woodrow Wilson. Un Woodrow Wilson « tendance XXIe siècle » si l’on veut être également conscient des dangers de l’après 11-Septembre et soucieux de tenir compte également de la sécurité américaine, mais pas au détriment des libertés et du droit international. La rupture avec la « violence bushiste » est consommée, ce qui devrait considérablement réduire la marge de manœuvre de tous les parangons de la violence sur le plan international. Car les États-Unis, qui orientent aujourd’hui le cours de l’histoire, semblent bel et bien avoir repris le chemin de la paix.
L’arrivée d’Obama au pouvoir s’accompagne aussi d’un grand chambardement au Moyen-Orient. La guerre de Gaza, peu quantifiable en matière de victoire ou de défaite, comme du reste tous les conflits contemporains, a néanmoins prouvé l’inanité de la logique de la « Résistance », telle que conçue et diffusée, sur le plan du marketing impérialiste, par l’Iran. Pour reprendre les termes d’observateurs avisés, comme l’économiste Sami Nader, « si la victoire ressemble à cela, mais à quoi donc ressemblerait la défaite » ? Ainsi, une étude réalisée tout récemment par le Groupe de prospective stratégique basé en Inde estime que le montant des pertes au Moyen-Orient depuis 1991 en raison du conflit s’élève à 12 milliards de dollars. Et l’étude reconnaît ses limites, en affirmant ne pas pouvoir quantifier tout ce qui a été perdu au niveau de la dignité humaine et du droit à la vie durant cette période, ce qui est, du reste, infiniment plus important.




