L’annonciation célébrée à travers la Bible et le Coran
L’autre que nous craignons est un autre qui nous ressemble pourtant : il est l’expression nuancée de la réalité que nous reflétons, il est l’autre face de l’identité que nous incarnons. L’autre est une autre version de nous-mêmes, remodelée selon son environnement, ses coutumes et ses croyances. L’autre dans l’entendement libanais est l’adepte d’une autre communauté, chrétienne ou musulmane. Cependant, ces deux religions prônent des valeurs essentielles qui, au-delà des pratiques propres à chacune d’elles, se rejoignent et se renforcent. Leurs valeurs sont des principes de vie qui se complètent dans une communion d’harmonie et de tolérance. C’est cette musique de vérité qui a émané de l’église du Collège Notre-Dame de Jamhour, mardi soir. À l’occasion de la fête de l’Annonciation, une rencontre de prière islamo-chrétienne s’est déroulée pour la seconde année consécutive sur le thème : « Ensemble autour de Marie, Notre Dame ». Un recueillement émouvant autour de la Vierge Marie, figure d’amour et de pureté face à laquelle s’agenouillent chrétiens et musulmans pour chanter ensemble leurs prières.
Une musique d’ouverture exprimant cette union a inauguré solennellement la rencontre, un mélange de musiques sacrées chrétienne et musulmane, sur fond d’appels de muezzin faisant écho aux retentissements de la cloche de l’église Notre-Dame… Une invitation commune à la célébration de Marie.
M. Nagy Khoury
« Marie qui rassemble… » déclare M. Nagy Khoury, secrétaire général de l’amicale des anciens élèves de Jamhour, qui organise cette rencontre en collaboration avec plus de 50 associations, organismes et mouvements chrétiens et musulmans. Prenant la parole, M. Khoury a cerné l’esprit de la rencontre : « (…) Toutes communautés confondues, nous faisons ensemble une pause pour prier, méditer et vivre avec force notre unité en tant que fils de Dieu. Unité autour de Marie (…), Marie qui rassemble et unit, Marie qui protège et sécurise, Marie qui aime. » M. Khoury a tenu à préciser qu’ « en priant ensemble, nous n’avons pas l’intention de fondre l’un dans l’autre, chacun gardant sa spécificité et partageant avec son frère les richesses de ses traditions. (…) Notre rencontre n’est pas récupération, elle est respect et compréhension (…) dans un Liban morcelé, déchiré et souffrant. Puissent nos prières monter jusqu’au Ciel pour qu’enfin les (Libanais) (…) vivent profondément les valeurs prônées par l’islam et le christianisme. » Il a révélé dans ce cadre la volonté de la commission spirituelle de l’amicale de faire de cet événement « une véritable tradition ancrée dans le patrimoine national libanais », avant de rappeler le caractère de « pays message » qu’incarne le Liban. Après la présentation du programme de la rencontre et la formulation de remerciements à la commission d’organisation et aux participants, M. Khoury a salué « la présence de Sayyed Mohammad Hassan al-Amine, conseiller au haut tribunal chérié jaafarite, intervenant principal », ainsi que la participation de la délégation d’al-Azhar (Égypte).
Père Salim Daccache
Père Salim Daccache, recteur du collège Notre-Dame de Jamhour, a cité un appel « adressé par la 35e Congrégation de la Compagnie de Jésus », tenue à Rome en janvier-février 2008. Cet appel incitait les pères jésuites réunis à « travailler aux frontières de la culture et de la religion, (…) (à se) mettre attentivement à l’écoute de tous et, unis à toutes les personnes de bonne volonté, à construire des ponts entre les communautés ». Le père Daccache a considéré cet appel comme un « appel de la raison et du cœur (…) à tous ceux qui sont convaincus que la route du bien et de la justice, la route de l’union des gens de toutes communautés passe nécessairement par un travail, une action et une vie communs ». Il a assuré que « c’est là (dans cette démarche commune) que nous pouvons faire l’expérience de la présence miséricordieuse de Dieu (…). Chaque fois que nous prions (…) la main de Dieu nous appuie afin d’éloigner les menaces de l’inimitié et du péché, ainsi que les risques de la guerre ». Et de s’exclamer : « Ensemble vivons et réalisons l’événement afin de proclamer la présence de Dieu parmi nous (…) ».
M. Ibrahim Chamseddine
M. Ibrahim Chamseddine, président de la Fondation Chamseddine pour le dialogue, a affirmé de prime abord que « la Vierge n’est ni une complaisance musulmane ni une exclusivité chrétienne ». En effet, il a expliqué que les musulmans croient en la sainteté de Marie. « Elle est l’élue de Dieu, l’authentification de Ses miracles, la preuve de Son existence et de Sa puissance », de même que « le Christ est la parole de Dieu ». M. Chamseddine s’est alors interrogé sur « le caractère de cette union islamo-chrétienne autour de Marie : est-elle une simple figure dont on peut être fiers ? Un belle étape historique dont on se prévaut ? Un partenariat interreligieux muet ? Un passé figé ? Sûrement pas. Dieu n’exprime pas Sa parole à travers un immobilisme qui se dégrade (…). Marie est notre présent qui se renouvelle, elle existe dans notre mémoire et notre conscience. Plus encore, elle est la sonnerie d’alarme qui nous rappelle à la fraternité et la solidarité. C’est l’exemple de la mère vouée entièrement à sa famille ». M. Chamsedddine a ainsi esquissé l’image de « Marie unique et unificatrice, notre Marie et la vôtre, Notre Dame et la vôtre ». C’est alors qu’il s’est adressé aux musulmans au nom de sa « chrétienté mariamiste » et aux chrétiens au nom de son « islam mariamiste », les appelant à « craindre Dieu qui se reflète dans leur prochain, dans leur concitoyen, dans leur Liban, pays du Christ ». Œuvrons ensemble pour « le renouvellement, la construction et la préservation de cette nation des prophètes ».
Père Jean Dalmais
Après lui, le père jésuite Jean Dalmais a dépeint Marie comme « celle qui écoute la parole de Dieu ». Il a ainsi mentionné sa façon d’être « aux côtés de Jésus, pour le contempler, écouter Sa parole, assister à Ses miracles ». Se basant sur l’Évangile, notamment sur la parole de Jésus qui dit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique », le père Dalmais a affirmé que « le mérite de (la mère de Jésus) ne venait pas seulement de ce qu’elle l’avait porté en son sein, mais qu’elle était la créature la plus proche de lui, par son attention portée à la parole de Dieu émanant de sa bouche, et (surtout) par sa mise en pratique ». Le père Dalmais a précisé en effet que « l’homme a le pouvoir d’utiliser sa volonté, son intelligence et sa liberté, pour faire fructifier la parole de Dieu, ou, au contraire pour la rendre stérile. (…) Marie fait partie justement de (la première) catégorie». C’est elle qui s’est écriée en premier dans l’Évangile, comme l’a indiqué le père Dalmais : « ” Je suis la petite servante du Seigneur”. Ainsi, ajoute-t-il, Jésus a-t-il formé, par Sa parole, une famille spirituelle unie, semblable à la famille qu’il avait formée avec sa mère ».
Cette parole « est la même, dans le passé, aujourd’hui et à jamais », a affirmé le père Dalmais, avant de conclure : « Des voix diverses nous appellent de tous côtés. Apprenons de la Vierge Marie à discerner (entre elles) la voix de Dieu, pour que nous y répondions », au-delà des divergences qui nous assaillent.




Contribution de M. Misbah al-Ahdab, député de Tripoli et vice-président du Renouveau Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».
Contribution de M. Camille Ziadé, vice-président du Renouveau Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».
Contribution de Ziad Majed, chercheur, politologue et ancien vice-président du Mouvement de la Gauche Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».
Contribution de Ziyad Baroud, avocat et figure active de la société civile libanaise, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».
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