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    You are currently browsing the Tajaddod Youth – شباب التجّدد weblog archives for March, 2008.

    L’annonciation célébrée à travers la Bible et le Coran


    L’autre que nous craignons est un autre qui nous ressemble pourtant : il est l’expression nuancée de la réalité que nous reflétons, il est l’autre face de l’identité que nous incarnons. L’autre est une autre version de nous-mêmes, remodelée selon son environnement, ses coutumes et ses croyances. L’autre dans l’entendement libanais est l’adepte d’une autre communauté, chrétienne ou musulmane. Cependant, ces deux religions prônent des valeurs essentielles qui, au-delà des pratiques propres à chacune d’elles, se rejoignent et se renforcent. Leurs valeurs sont des principes de vie qui se complètent dans une communion d’harmonie et de tolérance. C’est cette musique de vérité qui a émané de l’église du Collège Notre-Dame de Jamhour, mardi soir. À l’occasion de la fête de l’Annonciation, une rencontre de prière islamo-chrétienne s’est déroulée pour la seconde année consécutive sur le thème : « Ensemble autour de Marie, Notre Dame ». Un recueillement émouvant autour de la Vierge Marie, figure d’amour et de pureté face à laquelle s’agenouillent chrétiens et musulmans pour chanter ensemble leurs prières.

    Une musique d’ouverture exprimant cette union a inauguré solennellement la rencontre, un mélange de musiques sacrées chrétienne et musulmane, sur fond d’appels de muezzin faisant écho aux retentissements de la cloche de l’église Notre-Dame… Une invitation commune à la célébration de Marie.

    M. Nagy Khoury

    « Marie qui rassemble… » déclare M. Nagy Khoury, secrétaire général de l’amicale des anciens élèves de Jamhour, qui organise cette rencontre en collaboration avec plus de 50 associations, organismes et mouvements chrétiens et musulmans. Prenant la parole, M. Khoury a cerné l’esprit de la rencontre : « (…) Toutes communautés confondues, nous faisons ensemble une pause pour prier, méditer et vivre avec force notre unité en tant que fils de Dieu. Unité autour de Marie (…), Marie qui rassemble et unit, Marie qui protège et sécurise, Marie qui aime. » M. Khoury a tenu à préciser qu’ « en priant ensemble, nous n’avons pas l’intention de fondre l’un dans l’autre, chacun gardant sa spécificité et partageant avec son frère les richesses de ses traditions. (…) Notre rencontre n’est pas récupération, elle est respect et compréhension (…) dans un Liban morcelé, déchiré et souffrant. Puissent nos prières monter jusqu’au Ciel pour qu’enfin les (Libanais) (…) vivent profondément les valeurs prônées par l’islam et le christianisme. » Il a révélé dans ce cadre la volonté de la commission spirituelle de l’amicale de faire de cet événement « une véritable tradition ancrée dans le patrimoine national libanais », avant de rappeler le caractère de « pays message » qu’incarne le Liban. Après la présentation du programme de la rencontre et la formulation de remerciements à la commission d’organisation et aux participants, M. Khoury a salué « la présence de Sayyed Mohammad Hassan al-Amine, conseiller au haut tribunal chérié jaafarite, intervenant principal », ainsi que la participation de la délégation d’al-Azhar (Égypte).

    Père Salim Daccache

    Père Salim Daccache, recteur du collège Notre-Dame de Jamhour, a cité un appel « adressé par la 35e Congrégation de la Compagnie de Jésus », tenue à Rome en janvier-février 2008. Cet appel incitait les pères jésuites réunis à « travailler aux frontières de la culture et de la religion, (…) (à se) mettre attentivement à l’écoute de tous et, unis à toutes les personnes de bonne volonté, à construire des ponts entre les communautés ». Le père Daccache a considéré cet appel comme un « appel de la raison et du cœur (…) à tous ceux qui sont convaincus que la route du bien et de la justice, la route de l’union des gens de toutes communautés passe nécessairement par un travail, une action et une vie communs ». Il a assuré que « c’est là (dans cette démarche commune) que nous pouvons faire l’expérience de la présence miséricordieuse de Dieu (…). Chaque fois que nous prions (…) la main de Dieu nous appuie afin d’éloigner les menaces de l’inimitié et du péché, ainsi que les risques de la guerre ». Et de s’exclamer : « Ensemble vivons et réalisons l’événement afin de proclamer la présence de Dieu parmi nous (…) ».

    M. Ibrahim Chamseddine

    M. Ibrahim Chamseddine, président de la Fondation Chamseddine pour le dialogue, a affirmé de prime abord que « la Vierge n’est ni une complaisance musulmane ni une exclusivité chrétienne ». En effet, il a expliqué que les musulmans croient en la sainteté de Marie. « Elle est l’élue de Dieu, l’authentification de Ses miracles, la preuve de Son existence et de Sa puissance », de même que « le Christ est la parole de Dieu ». M. Chamseddine s’est alors interrogé sur « le caractère de cette union islamo-chrétienne autour de Marie : est-elle une simple figure dont on peut être fiers ? Un belle étape historique dont on se prévaut ? Un partenariat interreligieux muet ? Un passé figé ? Sûrement pas. Dieu n’exprime pas Sa parole à travers un immobilisme qui se dégrade (…). Marie est notre présent qui se renouvelle, elle existe dans notre mémoire et notre conscience. Plus encore, elle est la sonnerie d’alarme qui nous rappelle à la fraternité et la solidarité. C’est l’exemple de la mère vouée entièrement à sa famille ». M. Chamsedddine a ainsi esquissé l’image de « Marie unique et unificatrice, notre Marie et la vôtre, Notre Dame et la vôtre ». C’est alors qu’il s’est adressé aux musulmans au nom de sa « chrétienté mariamiste » et aux chrétiens au nom de son « islam mariamiste », les appelant à « craindre Dieu qui se reflète dans leur prochain, dans leur concitoyen, dans leur Liban, pays du Christ ». Œuvrons ensemble pour « le renouvellement, la construction et la préservation de cette nation des prophètes ».

    Père Jean Dalmais

    Après lui, le père jésuite Jean Dalmais a dépeint Marie comme « celle qui écoute la parole de Dieu ». Il a ainsi mentionné sa façon d’être « aux côtés de Jésus, pour le contempler, écouter Sa parole, assister à Ses miracles ». Se basant sur l’Évangile, notamment sur la parole de Jésus qui dit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique », le père Dalmais a affirmé que « le mérite de (la mère de Jésus) ne venait pas seulement de ce qu’elle l’avait porté en son sein, mais qu’elle était la créature la plus proche de lui, par son attention portée à la parole de Dieu émanant de sa bouche, et (surtout) par sa mise en pratique ». Le père Dalmais a précisé en effet que « l’homme a le pouvoir d’utiliser sa volonté, son intelligence et sa liberté, pour faire fructifier la parole de Dieu, ou, au contraire pour la rendre stérile. (…) Marie fait partie justement de (la première) catégorie». C’est elle qui s’est écriée en premier dans l’Évangile, comme l’a indiqué le père Dalmais : « ” Je suis la petite servante du Seigneur”. Ainsi, ajoute-t-il, Jésus a-t-il formé, par Sa parole, une famille spirituelle unie, semblable à la famille qu’il avait formée avec sa mère ».

    Cette parole « est la même, dans le passé, aujourd’hui et à jamais », a affirmé le père Dalmais, avant de conclure : « Des voix diverses nous appellent de tous côtés. Apprenons de la Vierge Marie à discerner (entre elles) la voix de Dieu, pour que nous y répondions », au-delà des divergences qui nous assaillent. Read the rest of this entry »


    Student demonstration in Beirut brands Assad “assassin”


    Youth

    قام مئات الطلاب من قوى الرابع عشر من اذار المناهضة لسوريا في لبنان السبت بالتظاهر في وسط بيروت التجاري ضد الرئيس السوري بشار الاسد في الوقت الذي كان يفتتح فيه اعمال القمة العربية في دمشق . وتجمع الطلاب في وسط بيروت امام ضريح رئيس الحكومة السابق رفيق الحريري الذي اغتيل في بيروت في شباط /فبراير 2005 .

    وقد كتبت تحت صورتين كبيرتين للرئيس السوري, “المجرم” و”المحكمة قادمة” في اشارة الى المحكمة الدولية الخاصة بكشف قتلة الحريري.وتزامنت هذه التظاهرة مع بدء اعمال القمة العربية في دمشق وسط غياب لبنان وحضور منخفض المستوى لدول عربية مثل السعودية ومصر.

     

    Bachar March 14 Youth

    University students demonstrated in Beirut on Saturday, tearing up pictures of Syrian President Bashar Al-Assad and branding him an “assassin” as he chaired the 20th Arab Summit, boycotted by Lebanon.

    Hundreds of students joined the protest near the central Beirut tomb of slain former Prime Minister Rafik Hariri who was killed in a massive car bombing in 2005 blamed on Syria.

    Damascus denied any involvement.

    The demonstrators accused Assad of blocking the election of a new president in Lebanon, and trampled on two huge portraits of the Syrian leader before tearing them to shreds, a photographer said.

    The pictures bore captions in French, English and Arabic branding Assad an “assassin” and saying that the UN-backed special tribunal tasked with trying suspects in the Hariri “is coming.”

    The protest was attended by supporters the Lebanese government and the parliamentary ruling majority.

     Bachar March 14 Youth       March 14 youth

    AFP/Now Lebanon Staff/Tajaddod Youth


    L’offre et la demande du marché de la démocratie


    Contribution de Ayman Mhanna, secrétaire de Tajaddod-Youth, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    L’échec des Libanais à réinventer leur contrat social après le retrait syrien et à réformer en profondeur leur pays a souvent été analysé. Toutes les raisons confessionnelles, personnelles, régionales et internationales ont été évoquées. Il reste peut-être un élément qui n’a pas été suffisamment examiné : le rôle de la société civile depuis 2005.

    En effet, parallèlement aux développements politiques, le Liban a connu une nouvelle dynamique au sein de la société civile. De nombreuses organisations ont été créées ; celles qui existaient ont élargi leur champ d’action. Il ne s’agissait plus d’ONG à but social, caritatif ou sectoriel, mais de groupes de pression, d’advocacy, sur des sujets aussi politiques que la réforme électorale, la surveillance parlementaire ou l’implication dans le processus budgétaire. Plusieurs ONG affichèrent clairement leur but de réinventer le contrat social libanais. Cette dynamique est grandement tributaire du Printemps de Beyrouth et de la fin de l’emprise des services de sécurité sur les libertés publiques.

    L’Intifada de l’Indépendance fut l’aboutissement des efforts de ceux qui ont tenté de porter le message souverainiste au-delà du camp chrétien. On ne peut comprendre 2005 sans un retour aux discours annuels de Sélim Abou, sans une lecture nuancée de l’expérience de Kornet Chehwane et du rôle de Bkerké en arrière-plan. Le Printemps de Beyrouth a consacré un changement historique inouï de l’attitude des non chrétiens à l’égard du Liban comme entité politique. Naissait alors l’espoir d’un nouveau pacte national qui ne soit pas fondé sur deux négations, mais sur une affirmation commune d’une libanité primant toute autre appartenance, et réconciliée avec une arabité débarrassée des horreurs dont les Syriens l’ont affublée. Il était légitime d’espérer la traduction de ce pacte par un train de réformes sociales, économiques et politiques.

    Or une telle entreprise devait faire face aux assassinats et au chantage confessionnel permanent du Hezbollah. Elle devait aussi résister à une autre lecture plus linéaire et manichéenne des événements de 2005 ; celle du courant aouniste qui attendait peut-être une pénitence des « ex-collaborateurs » et un aveu de la validité de sa stratégie et de son discours depuis 1989. Pénitence dont la conséquence logique aurait été de placer Michel Aoun à la tête du système politique post-syrien.

    Les espoirs du Printemps de Beyrouth étaient sans doute compliqués, difficiles à concrétiser, sur fond de gestion chaotique de l’échéance électorale de 2005. Il fallait aussi faire face à la réputation peu glorieuse de plusieurs partis et personnalités qui s’y sont ralliés. Faire du neuf avec du vieux ? Un nouveau pacte avec ceux-là mêmes qui ont contribué à toutes les crises et à tous les échecs ? Un défi ; une gageure… Il est clair que la tentative a déraillé, à cause de ses propres faiblesses et des provocations visant à « recantonner » les Libanais dans leur stricte appartenance confessionnelle. Elle a échoué aussi parce que de nombreux talents, notamment ceux de la société civile, lui ont fait défaut en ne saisissant pas l’opportunité de s’inscrire dans la bataille politique contre le populisme communautaire. La société civile newborn est tombée dans le piège que Gebran Tuéni déplorait quelques semaines avant son assassinat : celui de faire l’amalgame entre les hommes politiques du 14 Mars et les valeurs et aspirations du peuple du 14 Mars.

    Les ONG ont sans doute voulu se poser en alternative à la classe politique, et ont attiré, malgré l’espace médiatique restreint qui leur est réservé, de nombreux jeunes qui ne trouvaient pas dans les partis la réponse à leurs aspirations. Mais quand il est question de faire une rétrospective des réussites de la société civile libanaise depuis la fin de la guerre, le bilan reste maigre. On pourrait citer l’action en faveur de la tenue des élections municipales en 1998, l’observation des scrutins électoraux et quelques mesures relatives à l’inclusion des handicapés. Pas grand-chose de plus. Ce manque de réussite provient, d’une part, de facteurs internes : le manque de courage de plusieurs dirigeants de la société civile, qui perçoivent leur position comme un tremplin vers la politique et rechignent à l’idée de froisser les zaïms, et la perpétuation des clivages régionaux et confessionnels dans nombre de coalitions dites civiles. Mais, d’autre part, il provient d’une erreur que commettent ceux qui croient que la société civile peut remplacer les partis politiques.

    La société civile et l’appareil politique (partis et institutions) sont en fait les deux volets du « marché de la démocratie ». La société civile y joue le rôle de demande ; l’appareil politique le rôle d’offre. Les échecs successifs du Liban à se doter d’un contrat social sain et durable peuvent s’expliquer par une approche économique, celle de la constante inadéquation entre l’offre et la demande démocratiques. Quand la demande l’emporte sur l’offre, ce qui est le cas depuis presque toujours au Liban, le prix de la démocratie augmente, au point de coûter du sang.

    La réinvention du Liban passe par un travail de fond sur l’offre démocratique, afin de l’augmenter et la rendre à même de répondre à la demande. D’abord, à travers la restructuration des partis politiques pour faire en sorte qu’ils agissent effectivement comme partis politiques, désirant élargir leur base et non plus uniquement conserver leurs acquis. Elle passe aussi par la refonte du système électoral pour permettre l’apparition de nouvelles élites, et le renforcement du système judiciaire.

    Enfin, la réinvention a besoin d’une restructuration de la demande. Il ne s’agit pas là d’appeler à la réduire mais à la dégonfler. Des groupes qui se situent aujourd’hui de ce côté de la balance auraient dû être du côté de l’offre. Tant que plusieurs organisations de la société civile n’osent pas aller au bout de leur logique et s’inscrire du côté des réformateurs de l’offre politique, nul espoir de rééquilibrage. Ils ont manqué à leur rôle quand il fallait faire face au populisme confessionnel avec un inébranlable No Pasaran ! Ils n’ont pas voulu mettre les mains dans le cambouis quand il fallait construire un 14 Mars qui soit plus qu’une alliance d’hommes politiques, contestés et contestables.

    En ce début 2008, la société civile doit plus que jamais se poser la question de ce que serait son avenir si les idéaux du 14 Mars venaient à tomber face aux coups de bélier du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran. Pour qu’un vrai pacte national pluraliste et démocratique puisse exister un jour, il est vital que la société civile abandonne, aujourd’hui, sa neutralité négative et aille, pour une fois, au-delà des personnes et des idéologies.

    Ayman Mhanna


    Humanisme et patriotisme, ciment de l’union civique


    Contribution de M. Misbah al-Ahdab, député de Tripoli et vice-président du Renouveau Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    J’imagine un Liban uni, prospère, dynamique, ancré dans ses racines, tout en restant ouvert aux perspectives de progrès du XXIe siècle. Je vois un peuple fort, attaché à ses valeurs tout en étant réceptif aux avancées modernes. Des citoyens désireux de paix, fiers et dignes des quatre piliers de leur équilibre, à savoir : la cohésion du peuple, un rôle visionnaire des dirigeants, une bonne santé économique en harmonie avec l’environnement, ainsi qu’une profonde connaissance véhiculée par l’éducation et la culture.

    En faisant un détour par lui-même, en tant que citoyen, chacun peut se décrisper par rapport à son identité. La cohésion du peuple passe par ce détour qui permet à chacun de retrouver son propre jugement, au-delà du conditionnement politique ou religieux. A l’image du cèdre, j’imagine le peuple libanais comme une entité noble. Malgré la singularité de chacune des branches de l’arbre, elles sont toutes liées à la même racine sacrée, source de notre mémoire et de notre profonde identité. Cette mémoire nous vient du sol libanais, mais elle vient aussi de la terre, mémoire de l’espèce humaine au sens plus large. A l’instar des différentes ramifications faisant la consistance d’un arbre, c’est cette pluralité des êtres qui fait notre force en tant que Libanais. Cette diversité nous rappelle le droit à la différence, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières. Un droit qui nous pousse à honorer le libre-arbitre de chacun en tant qu’élément de l’équilibre collectif. Avant d’appartenir à tel ou tel courant politique ou religieux, c’est l’humanisme et le patriotisme qui doivent ressurgir en tant que ciment de l’intégrité identitaire et de l’union civique.

    Nous sommes à une période de l’évolution, où les dirigeants doivent être des visionnaires. J’entends par là le besoin impératif de re-créer le dialogue avec l’autre, mais aussi le dialogue avec soi-même, en surmontant nos différends et en révisant nos préjugés que nous avons acquis pendant les différentes guerres successives. On se doit de réinventer le citoyen en l’adaptant aux circonstances d’aujourd’hui.

    J’imagine des dirigeants qui privilégient la communication et la concertation, contribuant objectivement au compromis. Il faut oser aller vers des solutions, voire même des réformes qui permettent de ne pas tomber dans le piège du mauvais compromis. C’est en confrontant leurs idées que les différents partis peuvent frayer le chemin à l’innovation. Il ne s’agit pas d’encenser le peuple en lui enlevant sa capacité de discernement, mais plutôt de lui offrir des idées sur lesquelles il pourrait prendre des positions constructives, dans le dessein d’exprimer son opinion avec liberté et sécurité totale.
    Les tensions et déséquilibres entre différents acteurs politiques doivent se transformer en solidarité et force, la violence se transformer en créativité constructive, car n’oublions pas que le potentiel des Libanais est riche. Notre but principal est d’arriver à une réconciliation nationale.

    Les chefs religieux ont leur rôle à jouer, en prônant la carte de la réconciliation inter-religieuse, et ce, à commencer par les jeunes, par exemple dans le cadre d’ateliers d’activités culturelles inter-religieuses.

    Il ne faut pas négliger le rôle des médias qui doivent accomplir leur mission d’information. Leur responsabilité est de refléter tout ce qu’il y a de positif dans la pluralité des opinions, de mettre l’accent sur toutes les ébauches d’entente aussi minimes soient-elles, en évitant toute dramatisation des faits qui plongent le peuple dans un esprit de revanche. Il faut aller au-delà des événements catastrophiques qui font la répétition de l’histoire, pour se focaliser sur les points positifs qui ouvrent la voie à des solutions du futur.

    J’imagine une économie stable, où l’égalité des chances reste le thème majeur. Chaque citoyen est acteur du développement économique. Il faut lui redonner le plaisir de l’activité et le goût du succès. Il contribuera en retour à une revitalisation de la force active, à une amélioration du niveau de vie et à une meilleure productivité. Je vois un Liban ouvert sur des partenariats étrangers, un partenariat avec l’Union européenne et tout ce qu’il présente comme opportunités, et cela avec la soif et la motivation de développer son savoir faire pour arriver au sommet de la pointe technologique.

    Le rôle actif de la femme est à encourager. Elle a une place indispensable au sein de l’économie. Il faut lui accorder la considération qu’elle mérite, en valorisant ses qualités complémentaires à celles de l’homme pour une synergie bénéfique au développement économique.

    En vue d’un développement solide et sain, la conscience de notre environnement est un autre aspect à ne pas perdre de vue. Il est impératif de placer nos efforts dans une attitude civique respectant la nature, ainsi que dans l’adaptation de l’économie à notre environnement. A l’heure où toutes les grandes puissances investissent dans la recherche de nouvelles technologies environnementales, il faut se rappeler la richesse de la nature libanaise. C’est notre devoir de respecter et de protéger ce que la terre nous donne de plus sacré : notre espace vital. C’est de cet espace que dépendra dans un futur très proche le bien être et l’équilibre de chaque Libanais, ainsi que la ruée touristique, de plus en plus importante, vers les sites préservés, faisant du Liban une principale attraction touristique et culturelle.

    Enfin, tous nos efforts doivent particulièrement se pencher sur l’éducation et la culture, autre point clé de la civilisation. L’enseignement est la plus grande « arme » que l’on peut offrir à chaque Libanais. Au XXIe siècle, elle ne doit plus être considérée comme un luxe mais plutôt comme un dû envers chaque enfant. La jeunesse est la sève d’une nation. On lui doit un enseignement éthique qui prône le respect de l’autre et lui offre un passeport pour un futur confortable. Dès le plus jeune âge, il faut une ouverture sur le monde à travers des activités d’échanges culturels nationaux et internationaux. La communication est un art qui doit se développer dès le plus jeune âge. Pour cela, il faut stimuler la curiosité des jeunes, les initier à la notion du travail-plaisir pour un faire plus tard d’excellents chercheurs qui dirigent leur attention et leur énergie à des fins constructives, élevant le niveau du pays. L’épanouissement, c’est être capable de trouver les lois du bonheur en soi. Pour cela, il faut un accompagnement précoce qui aide les jeunes à trouver ces lois d’équilibre en eux, pour un faire de futurs citoyens solides et dynamiques, capables de transmettre à leur tour le savoir qu’on leur a confié.

    Au niveau artistique, beaucoup de Libanais à travers le monde ont déjà prouvé le pouvoir créateur du peuple libanais. Il faut continuer sur leur pas en nous donnant les moyens de promouvoir de plus en plus de talents.

    Il est nécessaire de redonner à chaque citoyen la liberté d’expression, le pouvoir et la disponibilité de plonger dans ses propres ressources afin d’en ressortir avec du matériel profond et créateur, rayonnant l’expression de sa singularité.

    Je suis persuadé qu’avec un remaniement en profondeur, une confiance dans nos ressources et l’audace de dépasser nos préjugés, on peut réinventer le Liban moderne où chaque Libanais marcherait d’un pas renforcé par ses racines, tout en levant sa tête vers les plus hautes sphères de l’évolution.

    Misbah al-Ahdab
    Vice-président du Renouveau Démocratique


    March 14 Youth Gathering, Freedom Square


    Saturday, 29 March, 2008
    10:00 amto12:00 pm

     

    تدعوكم المنظمات الشبابية والطلابية في قوى 14 آذار للمشاركة في التجمع في ساحة الحرية – ساحة

    الشهداء، يوم السبت في 29 آذار 2008 الساعة 10 صباحاً، تزامناً مع افتتاح أعمال القمة العربية في دمشق

     

     

    M14

    March 14 youth invites you to participate in a sit-in at Freedom Square on Saturday 29th of March at 10AM as the opening ceremony of the Arab League summit gets under way in Damascus.


    Questions… (sans) réponses ?


    Contribution de M. Camille Ziadé, vice-président du Renouveau Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    Réinventer le Liban, est-ce possible sans arrêter d’urgence et en priorité ce torrent d’invectives et d’injures, cette boue qui ne tari pas et n’en fini pas d’éclabousser, salir et polluer nos esprits et nos âmes, diffusant nuit et jour sur nos écrans, nos ondes et dans nos écrits, des contrevérités, des amalgames faciles, des titres racoleurs, des menaces et des appels à la violence ? A la vue de ces visages crispés, tordus par la haine, à qui veut-on faire croire que dans ce climat, un dialogue entre Libanais est encore possible ; que nous pouvons refaire ensemble le Liban ?

    Peut-on réinventer le Liban sans que nous nous entendions entre Libanais sur des valeurs communes et que nous les diffusions aux nouvelles générations afin de réhabiliter la politique à leurs yeux, et de les réconcilier avec la chose publique : démocratie, pluralisme, participation, service des autres, solidarité sociale, dialogue, non-violence, respect des libertés publiques, des droits de l’homme et de sa dignité, justice, liberté, paix, combat contre la corruption, souveraineté. Ces valeurs ont-elles le même sens pour nous tous ? En auront-elles sans un dialogue entre nous, franc, sincère, ouvert et constructif ?

    Réinventer le Liban, pour les chrétiens, n’est-ce pas avant tout rechercher les véritables causes de leur déclin ; puis renoncer à réfléchir exclusivement en termes souvent illusoires de force, de droits, de prérogatives et de pouvoirs ? N’est-il pas temps, enfin, qu’ils retrouvent leur véritable vocation en initiant un profond renouveau spirituel, en engageant une courageuse révolution culturelle ? Pour cela, un premier pas a été fait : ils ont une feuille de route (l’Exhortation Apostolique et les résolutions du Synode patriarcal maronite), et les moyens de les réaliser (réseaux d’écoles, d’universités, d’hôpitaux, de paroisses et d’associations).

    Pour les chiites, conscients de leur nombre, de l’émergence de leurs nouvelles élites, de leur puissance financière (Iran et émigrés) et de leur poids politique, réinventer le Liban n’est-ce pas renoncer à faire plier leurs concitoyens par la menace des armes et de l’idéologie, avec l’appui de l’étranger ? N’est-ce pas redéfinir leur place et leur rôle au sein et au service de la société et de l’Etat libanais ?

    Pour les sunnites qui ont découvert, récemment, l’importance et le sens de ce Liban indépendant, souverain et riche de sa diversité, le réinventer c’est en devenir, par un approfondissement constant, ses plus ardents défenseurs, notamment auprès des pays arabes, et cela quels que soient les changements de circonstances et les événements politiques ou économiques de la région.

    Pour toutes les communautés, réinventer le Liban n’est-ce pas lutter avant tout, à l’intérieur de chacune d’elles, contre toutes les formes de radicalisme et d’extrémisme, et promouvoir la modération, condition fondamentale de leur coexistence et de l’édification d’un Etat moderne ?

    Réinventer le Liban, n’est-ce pas aborder la délicate question de la décentralisation administrative ? Comment le faire sérieusement sans avoir aussi une vision commune du pouvoir central (monnaie, diplomatie, défense) et sans avoir le souci constant, par la création d’espaces communs, de se prémunir contre les dérives centrifuges et fédératives (séparatistes ?) qui mèneront nécessairement vers l’inféodation à l’étranger ?

    Peut-on réinventer le Liban sans commencer dès aujourd’hui à réfléchir, pour nous et pour les autres, à un Moyen-Orient en paix qui verra le jour tôt ou tard ; à réfléchir aux mécanismes institutionnels qui permettront à la fois notre intégration dans ce grand ensemble régional et la préservation de notre particularité, de nos spécificités politiques, économiques, sociales et culturelles, pour continuer à assumer pleinement notre rôle ?

    Réinventer le Liban ne passe-t-il pas, au-delà des ressentiments, par l’entente entre Libanais d’abord, et avec la Syrie ensuite, autant que l’évolution du régime syrien le permettra, pour aboutir à des relations normales, naturelles, complémentaires et privilégiées, dans le respect de l’indépendance, de la souveraineté de notre pays et de l’intégrité de son territoire ?

    Comme on le constate, les questions qui se posent aux Libanais sont multiples, complexes et délicates. Pour les résoudre, il faudra les aborder dans un climat de sérénité et de transparence, de franchise et de réalisme, et surtout de rigueur, loin de la médiocrité ambiante. La recherche des solutions devra se faire dans une dynamique positive et constructive en allant à l’essentiel sans se laisser entraîner dans les détails et se perdre dans les faux problèmes et les illusions.

    Le Liban à réinventer ? Plutôt à retrouver : indépendant, souverain, arabe, pluraliste, démocratique et ouvert.

    Camille Ziadé
    Vice-président du Renouveau Démocratique


    Un pays « normal », ni plus ni moins !


    Contribution de Ziad Majed, chercheur, politologue et ancien vice-président du Mouvement de la Gauche Démocratique, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    Lorsque les ministres du Hezbollah et du Mouvement Amal démissionnèrent du gouvernement en novembre 2006 et que le président de la Chambre Nabih Berry ferma à clefs « son » Parlement, la crise politique dans le pays se révéla plus complexe que ce que nous pensions. Il ne s’agissait plus de faire face seulement au régime syrien et à sa guerre contre l’indépendance et la stabilité du pays, mais aussi au dysfonctionnement chronique du système politique, soigneusement verrouillé par le confessionnalisme.

    Une crise sans issue

    Depuis que la loi électorale a permis dans les régions à majorité chiite aux deux partis de monopoliser la représentation de leur communauté, il a suffi que leurs ministres, d’un côté, et leur représentant au sein de la « troïka présidentielle », de l’autre, décident de boycotter le système pour que ce dernier devienne obsolète. Est-ce là la responsabilité de ceux qui ont permis à cette loi d’être approuvée ? Est-ce la responsabilité de ceux qui ont réélu M. Berry à la tête du Parlement ? Est-ce la responsabilité du CPL qui offre une couverture chrétienne à ce camp chiite qui aurait eu du mal à s’imposer seul pour bloquer le processus politique national ? Est-ce la conjoncture régionale actuelle et la crainte par le régime syrien du tribunal international qui poussent le Hezbollah et Amal à se plier aux ordres de Damas pour paralyser la vie politique libanaise ? Est-ce un Iran nucléaire que les armes au Sud cherchent à défendre ? Est-ce la menace américano-israélienne qui maintient le Parti de Dieux sur le pied de guerre ? Est-ce la détermination des deux formations chiites à ne pas s’effacer devant la montée d’un sunnisme dynamique depuis le départ des troupes syriennes du Liban ?
    La réponse est probablement à trouver dans un ensemble d’éléments à dégager des questions posées ci-dessus.

    Ce qui est sûr, cependant, c’est que nous assistons à l’agonie annoncée de tout le système politique dès lors que des concepts comme « majorité » ou « minorité » ne signifient plus grand-chose puisque l’une des grandes communautés peut décider à tout moment (pour une raison interne ou externe) de se désengager de ces mécanismes et exiger le respect de sa propre interprétation des modes « d’usage » de la « démocratie consensuelle ». Ce qui est également sûr et saisissant, c’est que l’aspect « régional » de la crise actuelle qui parasite la vie des Libanais est parvenu à s’institutionnaliser au sein même de leur Etat, en devenant en soi un élément de dissension sur les quorums, la Constitution, les rôles et les prérogatives des pouvoirs exécutif et législatif !

    Nous pourrions affirmer que l’application stricte de l’accord de Taëf nous épargnerait certaines des difficultés que nous vivons. Que cet accord a, en effet, prévu le dépassement du confessionnalisme politique. Que l’arrêt des pressions terroristes provenant du régime de Damas nous libèrerait de notre actuelle prison. Mais ce n’est pas assez. Il faudrait sans plus tarder engager des réformes politiques et donner toute la latitude aux forces de changement pour y contribuer.

    Un autre Liban est-il possible ?

    Commençons par dire que notre situation aujourd’hui nécessite avant tout, pour rendre des futures réformes envisageables, trois mesures urgentes :
    • Un arrêt de toute escalade de la violence et le rejet de toute tentative de pousser « la rue » à imposer sa loi. Il suffirait qu’il y ait un minimum de coopération entre les différents ténors de la classe politique et les forces de l’ordre pour empêcher la crise d’être aux mains des foules agitées et parfois amnésiques des atrocités d’un vécu pour le moins sombre. Une campagne civile et bien médiatisée pourrait peser dans ce sens sur les politiques.
    • Un lobbying sérieux pour adopter une loi électorale sur base de la représentation proportionnelle capable de briser les monopoles « confessionnels ». Ironiquement, une telle loi est envisageable aujourd’hui pour d’autres raisons. La loi Boutros en est une bonne preuve.
    • Un début de dialogue interne sur une seule question : quelle position devrons-nous prendre pour limiter les retombées des menaces de la région sur notre fragilité nationale ? Comment envisagerions-nous une neutralité face aux axes et alliances d’ordre régional sans pour autant se désengager diplomatiquement et culturellement du soutien aux droits palestiniens ?

    Sin un pareil processus s’amorce et si les conflits régionaux restent confinés dans un cadre politique qui absorbe les chocs, alors un autre Liban pourrait être concevable. Un Liban nécessitant des chantiers politiques, administratifs, sécuritaires et économiques. Un Liban se référant aux principes basiques qui fondent les Etats : la souveraineté politique sur les communautés, le monopole de la violence et de ses instruments directs, et la gestion et la résolution des crises dans le cadre d’institutions dont le fonctionnement n’est pas régenté par des individus mais par la loi.

    Nous pourrions longuement discuter du « projet libanais ». Nous pouvons rêver de la laïcité, seul remède contre la confessionnalisation qui ronge les espaces publics et privés…

    Mais pourquoi ne pas commencer par une idée simple : un droit de vivre normalement, dans un pays normal, dans une société qui évite de se déchirer à chaque fois que des tensions font irruption dans un quartier d’une ville ou dans les faubourgs d’un village…

    En rétablissant ce maillon manquant, en redonnant son sens à l’exercice de la citoyenneté, même un éventuel boycott du système politique n’aurait plus de conséquences dramatiques. Les « chiites », ou les autres tenants du pouvoir, « sunnites » ou « chrétiens », seraient vite dépassés par des revendications plus proches de la politique fiscale ou d’ordre social, en rapport avec les exigences et la qualité de la vie quotidienne, que les luttes contre tel ou tel Satan, ou en faveur de tel ou tel régime…

    Un Liban à réinventer ? Pourquoi pas ? Je ne souhaite pas qu’il soit « unique » comme on aime à le répéter souvent. D’ailleurs telle n’est pas la question. Je le souhaite tout simplement juste, viable et « normal »…

    Ziad Majed


    L’avenir – toujours – en points d’interrogation


    Contribution de Ziyad Baroud, avocat et figure active de la société civile libanaise, au hors-série annuel de L’Orient-Le Jour, paru le 26 mars 2008 et intitulé « Réinventer le Liban ».

    « Le Liban ne doit-il pas sortir de la passivité et de l’impasse pour inventer lui-même ses propres équations, bricoler, s’il le faut, mais à une grande échelle – à l’échelle des enjeux engagés ? » (Ghassan Tuéni, in Une guerre pour les autres).

    Pour un frêle moment, je pensais pouvoir laisser une PAGE BLANCHE exprimer brutalement la réinvention d’un Liban dont la noirceur de l’actuel et la nébulosité des discours requièrent désormais… une trêve de paroles !

    Comme une façon de contrarier la raison, je me résigne pourtant à « commettre » la plume ; cette tâche, aussi ingrate qu’ardue, qu’est celle de vouloir réinventer l’eau chaude (ou le baroud si l’arabe vous tente). Je me résigne parce que « le Phénicien » en moi m’accule à l’aventure, ou parce que « l’Arabe » de mon inconscient m’invite à la bravoure… Deux conditions sine qua non à qui veut adresser le Liban concept : une aptitude à braver des déserts d’idées et un goût de l’aventure qui risque des itinéraires quelquefois sans destination, sans destinée.

    Pourtant, ce n’est pas tant le concept qui est voué à la réinvention, mais le vécu, le conjoncturel et les mécanismes de gestion. Est-ce le Liban de Michel Chiha qu’il faudrait repenser, le Liban du consensus et de la participation ? Est-ce l’idée d’un Liban pluriel, ouvert et missionnaire qui est remise en question ? Si tel est le cas, il ne s’agirait plus de réinvention mais de déclaration de décès ! Un Liban qui n’est pas – au moins – tout ça à la fois ressemblerait à un cadavre cliniquement mort, mais dont les obsèques ne sont pas encore annoncées. Inutile de pousser alors la réflexion plus loin. Il est des constantes que seule la tyrannie peut violer. Dans la Constitution française, il est des dispositions qui ne sont pas susceptibles d’être amendées et révisées, telle la forme républicaine de la France. Il devrait en être de même du concept du « Liban message » qui ne devrait en aucune façon être révisé ! Réinventer le Liban, sous l’angle de son concept, de son rôle historique et de sa vocation, reviendrait à repenser son existence même, voire la renier !

    Osmose de cultures, le Liban est ainsi appelé à être réinventé dans sa structure, dans la charpente qui étaye son concept et ses idées fondatrices. C’est le Liban-Etat qu’il convient d’INVENTER plutôt que de réinventer. Réduit à l’état de la tentative embryonnaire, l’Etat du Liban est devenu une finalité en soi ! Pour inventer l’Etat, l’entreprise requiert, au moins : 1) un besoin, 2) un inventeur, 3) un laboratoire, 4) un environnement favorable, 5) des ingrédients, et 6) des bénéficiaires.

    1) un besoin : le présent dossier de L’Orient-Le Jour le dénote éloquemment. Depuis le Grand Liban en 1920, l’édification d’un Etat a raté ses tentatives ; le besoin a perduré et s’est fait sentir d’une manière sans cesse accrue. Réinventer l’Etat est devenu une nécessité, comme en témoignent les contributions variées à ce dossier en quête d’une réinvention, en quête d’un Etat…

    2) un inventeur : passons plutôt au pluriel. Inventer l’Etat au singulier risque d’aboutir à des résultats singulièrement contraires à sa raison d’être. C’est en comité qu’il convient de l’édifier. Un comité de salut, de sages, de… citoyens, tout simplement, qui font primer la beauté du verbe créé à la fierté de l’auteur. Un inventeur d’antidote, du style Michel Obeid, un inventeur d’idées à la manière de Michel Chiha, si on en faisait encore, un inventeur d’excellence aux sommets de Maxime Chaya…

    3) un laboratoire : pour changer, ce n’est pas le Liban qui devrait s’offrir en laboratoire : c’est plutôt un laboratoire pour le Liban qu’il faudrait concevoir. Un espace de réflexion qui rappelle les Assemblées constituantes, dans lesquelles le système se forge au gré des besoins de l’idée, du concept. Un exercice de fignolage des acquis ; les expérimentations ayant été accomplies auparavant, par le sang, par la bêtise fratricide, par l’incohérence des discours et par la destruction du beau… Triste constatation.

    4) un environnement favorable : un peu à la manière des standards reconnus en matière d’expérimentation chimique. Des règles de sécurité minima pour éviter la déflagration au sein du laboratoire. Repenser la structure du Liban, afin de construire l’Etat, serait une entreprise périlleuse dans l’état actuel de la polarisation et des tensions, à moins que le désir de réinventer ne vienne d’un vainqueur qui voudrait l’imposer à un vaincu.

    5) des ingrédients : ou encore des matières premières sans lesquelles la réinvention virevolterait à un remake bas de gamme. Depuis 1990, les matières premières qui étaient censées participer à l’édification du Liban institutionnel n’ont pas cessé d’être importées, et de mauvaises souches, de surcroît ! Ainsi, la Constitution, revue à la hâte d’un Taëf controversé, a-t-elle raté son dessein : équilibrer les droits, doser les contestations et, surtout, débloquer afin de désobstruer l’impasse. Le but ultime de la Loi fondamentale au Liban devrait cibler le déblocage pour assurer la stabilité. La loi électorale, elle, n’en est pas moins fondamentale, il est vrai, mais sa véritable atrophie demeure celle d’une classe politique qui n’y voit qu’un moyen de se procréer.

    6) des bénéficiaires : voyons plutôt du côté des perdants. Innombrables, tous azimuts, ils expriment mieux tout l’intérêt d’un Liban réinventé structurellement pour devenir, un jour, un Etat. Un Etat de droit surtout. « Rien dans la guerre, et rien dans les perspectives de la paix, ne changera notre conviction profonde », déclarait Ghassan Tuéni, et de renchérir : « C’est les Libanais qu’il faut, de nouveau, que le Liban séduise »…

    L’avenir en points d’interrogation. Sous ce titre, L’Orient-Le Jour sondait les Libanais en 2007. Une année plus tard, les interrogations continuent à vibrer d’acuité. C’est dire combien la réflexion continue à buter sur des interrogations aussi profondes que les fondations du pays. Si 2009 n’apporte pas, au moins, un commencement de réponses, le risque ne serait-il pas grand que le Liban continue de séduire… ses destructeurs ?

    Ziyad Baroud


    Le retour de la résistance culturelle ?


    Après l’intervention de Michel Hajji Georgiou et l’article de Sandra Noujeim, ceci est le dernier épisode consacré à la résistance culturelle. Amine Assouad est l’ancien président de la Faculté de Droit de l’USJ. Avocat, il est titulaire d’un Master en Affaires internationales de Sciences Po Paris et d’un Master en droit international de Paris-Assas. Il est également diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA).

    Amine a été l’un des principaux leaders estudiantins entre 2000 et 2004 et a rédigé de nombreux articles consacrés à la lutte contre l’occupation syrienne. Il revient dans cet article sur le geste des étudiants aounistes de l’USJ qui ont déposé une gerbe sur la tombe de Imad Moughniyé et leur rappelle que Michel Seurat était professeur à l’USJ.

    Je n’ai pas souffert que l’on ait enlevé la vie à Imad Moughniyé, mort comme il a vécu, par le glaive. Ce n’est pas non plus avec un quelconque agrément que j’ai appris son assassinat. On ne se réjouit pas de la mort d’un homme, quel qu’il ait été, même si je comprends parfaitement le cri de justice de plus d’une mère. Peut-être aussi que les partisans du Hezbollah qui ont distribué des baklawas dans la banlieue sud le jour du meurtre de Gebran Tuéni regrettent-ils leur acte.

    Je ne veux polémiquer sur l’histoire de ce combattant du Hezb maintenant qu’il a quitté notre monde pour rejoindre « cette région où les attachements sont éternels ». J’avoue avoir même un sentiment de désolation pour Moughniyé car il faut convenir que la vie qu’il a mené n’en est pas une et que, au fond de lui, il était plus désillusionné qu’on ne le pense, en proie à des doutes comme tout un chacun, aussi forte cette image de lui que l’on cherche à projeter, lâché par ses anciens protecteurs et victime d’une logique incontournable ; celle qui veut que le sang appelle le sang.

    Cependant, le heurt moral que nous fit le dépôt d’une gerbe sur la tombe de Moughniyé à Ghobeyri par des étudiants aounistes de l’Université Saint-Joseph m’a poussé à réagir. Le fait d’avoir voulu un rassemblement autour des cendres de Moughniyé pour fleurir sa sépulture, en s’accommodant d’un procédé quelque peu abusif ; celui d’avoir usé du statut « d’étudiants de l’USJ » alors qu’ils ne tirent leur légitimité d’aucune amicale élue, en dit beaucoup sur leur instinct démocratique. Certes, ils sont libres de leurs actes, de leurs convictions (pour ne pas dire de leurs cultes) et de leurs héros. Mais s’ils tiennent à ce point qu’ils soient associés à la douleur du Hezbollah, ils auraient pu le faire en leurs seuls noms, en nous épargnant une surenchère inutile parce que je ne peux me persuader qu’ils aient été si affligés par la perte du responsable hezbollahi, et sans susciter l’indignation d’autres étudiants de l’USJ, anciens et professeurs, qui doivent leurs choix moraux à leur seule liberté intellectuelle, qui ne se reconnaissent pas dans le discours enrégimenté du CPL, et qui ne voient dans la vie de Mougniyé aucun exemple. On ne peut prétendre défendre la dignité humaine en usant d’écarts de violence et de moyens qui justement sont tout le contraire de la dignité humaine. Jérusalem n’est pas à ce prix. Aucune cause, aussi noble soit-elle, n’est à ce prix. Après tout, c’est en cela que résident en partie la théologie jésuite et la résistance culturelle initiée par le Père Abou sur les campus durant les années d’occupation. Faut-il rappeler qu’à aucun moment, et parmi nous des « étudiants CPL de l’USJ », avions-nous privilégié des actions de subversion comme méthode de résistance.

    Ce qu’il y a de plus choquant encore dans l’initiative aouniste, c’est le fait d’avoir voulu associer le nom de l’USJ en portant atteinte à la mémoire même de cette université, en particulier à celle de l’un de ses anciens professeurs. Une affaire proche de l’insulte à la conscience et qui ne fait que remuer une blessure restée au cœur de la rue Huvelin. Je laisse les agissements passés de Moughniyé au procès de l’histoire. Elle seule, avec le recul nécessaire, fera la lumière sur l’époque abjecte où le bruit des armes était assourdissant. Mais je voudrais simplement poser une question aux « étudiants CPL de l’USJ » qui se sont rendus à Ghobeyri: Avez-vous eu, au moment où vous vous penchiez pour déposer au pied de la sépulture de Moughniyé votre couronne de fleurs, une pensée pour Michel Seurat, ce sociologue français venu enseigner en Orient, à l’Université Saint-Joseph, car plus passionné et plus tourné vers Jérusalem que nous tous ? Je ne leur en veux pas, ces étudiants qui n’ont certainement pas connu Moughniyé et qui, pour la plupart d’entre eux, ont appris son nom à l’annonce de sa mort. Je ne porte aucune rancune à leur égard car je savais déjà qu’un abîme séparait désormais nos convictions. Michel Aoun n’avait d’ailleurs trouvé rien de mieux à dire, le jour de la découverte de la dépouille de Michel Seurat, pour commenter l’enlèvement d’otages au Liban durant les années 1980 et qui a terni pour longtemps l’image du pays : « ces étrangers n’étaient pas tous des innocents ».

    C’est au contraire avec beaucoup d’amour et de soulagement que j’attends leur réponse, car je sais à présent que jamais la pensée de l’auteur de l’Etat de barbarie, et après lui son alter-ego Samir Kassir, autre professeur assassiné de l’USJ, n’a été aussi prégnante. Plus de vingt ans écoulés n’ont pas altéré le souvenir de Seurat. Mais je n’ai à aucun moment imaginé que nous aurions besoin encore d’une résistance culturelle après le retrait syrien. Une grave leçon à tirer ; les étudiants de l’USJ ne devraient pas baisser toute vigilance. Nos anciens amis ne nous aurons en effet pas épargnés une atteinte à la mémoire.

    Amine Assouad


    « La résistance culturelle est la garantie de l’indépendance politique »


    Sandra Noujeim résume dans son article publié le 20 mars 2008 dans L’Orient-Le Jour les interventions des participants à la conférence consacrée à la “Résistance Culturelle”, organisée par les étudiants de droit de l’USJ. Cet article fait écho à l’intervention de Michel Hajji Georgiou sur le même thème, publiée également sur notre site.

    La jeunesse appelée à faire preuve d’esprit critique et d’innovation
    Abou aux étudiants de l’USJ : « La résistance culturelle est la garantie de l’indépendance politique »

    La jeunesse est une attitude passionnée, une lutte intarissable, un souffle insolent de vérité. Mais les jeunes Libanais ne sont pas des révolutionnaires : certains se résignent à la précarité du pays et choisissent de travailler silencieusement leur vie, d’autres, mus par une quelconque volonté de changement, s’engagent en faveur de partis politiques dont le chef devient l’unique image à suivre, à reproduire. Résultat : l’innovation, la provocation, l’audace ont disparu de l’espace universitaire. Pourtant, les jeunes Libanais étaient les pionniers de la fronde lancée contre l’occupation syrienne. Ils étaient les acteurs de la résistance estudiantine dirigée contre la répression, une résistance armée de réflexion, de critique, de connaissances ; un soulèvement de la pensée : la résistance culturelle.
    Si « nous n’avons jamais été plus libres que sous l’occupation » (Sartre), dans le sens de la soif de liberté, il est temps que les Libanais, en particulier les jeunes, apprennent à unir leur énergie pour une même cause : le goût inaltérable de la liberté, fût-il ou non assujetti à une présence étrangère. C’est là l’enjeu qui a conduit l’amicale de droit de l’Université Saint-Joseph à organiser une table ronde autour du thème « Le mouvement estudiantin et la résistance culturelle ». Des anciens de la faculté, militants et engagés, ont pris la parole, dans un débat animé par Michel Hajji Georgiou, journaliste et acteur de la résistance estudiantine. Cette rencontre était d’autant plus importante que l’éminent père Sélim Abou, ancien recteur de l’USJ et précurseur de cette résistance au temps de l’hégémonie syrienne, y a pris part.
    Dans son allocution d’ouverture, le président du bureau de droit à l’amicale, Roger Gaspard, a immédiatement centré la problématique du débat. Il s’agit, a-t-il précisé, de savoir « comment empêcher les étudiants de devenir des moutons de Panurge, de hurler faux des slogans qu’ils croient comprendre ». En réalité, les étudiants forment « un échantillon de la structure libanaise envahie par le confessionnalisme, le clientélisme et une sorte de passivité indifférente », a-t-il indiqué. La résistance est le moyen de se démarquer de ce schéma libanais, de dénoncer les failles dégradantes de la société, afin de préconiser une réforme efficace aux niveaux politique et social.
    Prenant la parole, M. Michel Hajji Georgiou a rendu un vibrant hommage au père Abou et à ses discours épiques, notamment le dernier sur les « résistances de l’université », en l’an 2003. Il s’agissait, comme l’a expliqué M. Hajji Georgiou, de « redéfinir la culture comme une dynamique (…) liée à l’idée forte de l’indépendance », afin que la « société puisse être réellement libre et rejeter la tentation permanente de l’abandon aux démons de la servitude volontaire ». Au-delà de son contexte politique, ce discours décrit une façon d’être, une attitude de vie par laquelle l’homme lutte continuellement contre l’aliénation de sa liberté et l’asservissement de sa pensée.

    Sélim Abou
    Le père Abou a d’ailleurs profité de l’occasion pour réitérer son appel aux étudiants à résister par la culture, en donnant lecture d’un passage du livre du romancier argentin Ernesto Sabato, intitulé La Resistencia.
    La résistance estudiantine est d’abord une résistance individuelle, un effort continu de dépassement personnel, une volonté accrue de travail, une détermination à se donner pour soi et pour l’autre. L’ancien recteur a ainsi cité une phrase de Sabato qui « appelle les jeunes à la résistance contre l’apathie et la passivité ». « L’homme se sauve dans la mesure où il risque sa vie pour les autres, pour son prochain, pour son voisin, ou pour l’enfant abandonné dans la rue et le froid », affirme Sabato. La résistance est un travail continu « prompt à débusquer les pièges d’une liberté sans responsabilité, à maintenir et développer la créativité et l’engagement, à sortir de soi (…) pour l’autre », a ajouté le père Abou, adressant ainsi « l’exhortation de Sabato » aux jeunes du Liban, déçus, découragés, « ne (croyant) plus dans la vertu d’une quelconque résistance ».
    L’ancien recteur a aussi tenu à rassurer la nouvelle génération : « D’une manière ou d’une autre, le conflit sera résolu et l’avenir du pays sera entre vos mains. » C’est pourquoi il est important, « en attendant (…), de maintenir vivants votre sens critique, votre discernement, vos idéaux, votre générosité, votre initiative sociale, toutes choses qui relèvent de la culture », a-t-il souligné. Et de déclarer enfin : « La résistance culturelle est la garantie de l’indépendance politique. »

    L’État de droit, un aboutissement
    Aujourd’hui, les étudiants doivent être loin de parler de la résistance culturelle « comme d’une expérience figée dans le passé », a indiqué M. Hajji Georgiou dans son exposé. C’est une dynamique qui doit se poursuivre, d’autant que les menaces qui assaillaient « l’indépendance, l’unité et la citoyenneté » n’ont pas disparu. Parmi les buts à poursuivre, désormais, « la consolidation de l’indépendance recouvrée, dans la mesure où elle est sans cesse menacée de disparaître à nouveau », et le travail « pour l’émergence d’une conscience citoyenne », base de toute opinion publique avertie et efficace, a-t-il ajouté.
    M. Hajji Georgiou a ensuite donné lecture d’une intervention de l’ancien président du bureau estudiantin de la faculté de droit, Amine Assouad, critiquant, dans l’optique de la résistance culturelle, le geste des étudiants du CPL de l’USJ qui ont déposé une gerbe de fleurs il y a quelques semaines sur la tombe de Imad Moghniyé.
    La résistance culturelle ne serait donc pas limitée à la lutte pour la souveraineté, mais aurait une dimension essentiellement civile. Elle viserait ainsi, en dernier lieu, à l’établissement d’« un État de droit en bonne et due forme », selon M. Wassim Jabre, ancien militant et membre actif du bureau de l’amicale de droit. « L’État de droit existe, précise M. Joseph Nasrallah, ancien militant estudiantin, lorsque les règles (protégeant les libertés individuelles et les droits fondamentaux) sont effectives, concrètes et opérationnelles. » « C’est un État qui consacre le pluralisme comme source d’enrichissement, en reconnaissant à tous le droit d’exister », a indiqué M. Nasrallah. C’est pourquoi la dynamique de la résistance culturelle ne peut se faire sans comprendre la complexité de la conjoncture libanaise, notamment « la double appartenance culturelle du Liban aux mondes arabe et occidental, la forte présence des acteurs religieux islamo-chrétiens, l’absence d’une tradition étatique (…) », a-t-il noté. C’est ainsi l’idée de l’« ouverture à l’autre » qui donne à la résistance culturelle tout son sens. Le « cheminement de cette résistance » doit véhiculer « un accord sur une seule identité libanaise », a-t-il conclu.
    M. Jabre a pour sa part mis l’accent sur l’obligation de « retourner aujourd’hui à la source si nous voulons vraiment préserver notre identité libanaise ». C’est ainsi que « par-delà le culturel, la résistance prendra une dimension civique » afin d’ « atteindre les étudiants et les individus d’autres communautés (…) et créer avec eux des projets concrets à caractère social et économique (…) comme la journée de soutien aux agriculteurs libanais ». L’action civique répond alors au « caractère inéluctable de la promotion de la culture des droits de l’homme » à laquelle exhorte le père Abou dans le cadre de la résistance culturelle.

    Une lutte pour le droit à la vie
    Les enjeux de cette résistance sont en fait les enjeux d’un pays en quête d’indépendance. Et les moyens qu’offre cette résistance sont ceux qui garantissent l’expression de la liberté.
    Samer Ghamroun, ancien rédacteur en chef de la revue de la faculté de droit, Béryte, et ancien journaliste à L’Orient-Le Jour, a justement insisté sur l’importance de la presse estudiantine. L’écriture permet ainsi à la réflexion de se concrétiser, à l’opinion de se faire entendre plus efficacement.
    De son côté, Marc Makary, lui aussi ancien président du bureau de l’amicale de droit, a mis en évidence le rôle des amicales face à la perte de l’autonomie des étudiants, « devenus simples exécuteurs des calendriers partisans ». L’amicale doit contribuer à rendre leur autonomie aux étudiants, à briser le diktat des partis. Les amicales constituent des plates-formes essentielles pour le renouvellement de l’activité étudiante et offrent, a-t-il indiqué, une alternative concrète, parallèle aux structures partisanes existantes, et capable de combler le manque de choix politiques rencontré par les étudiants.
    À cet égard, les amicales devront diversifier leurs moyens de lutte. Elles devront innover. C’est dans ce contexte qu’il faut faire appel au concept de résistance culturelle prônée par le père Abou, une dynamique apte à « conscientiser et sensibiliser la majorité silencieuse, par les diverses formes de lutte qu’elle propose, toutes accessibles aux étudiants », a souligné Marc Makary. C’est, en définitive, une lutte pacifiste, animée par la fraîcheur d’une jeunesse qui se bat pour rien moins que son « droit à la vie », a-t-il martelé.
    La cérémonie a par ailleurs été marquée par un grand moment d’émotion, avec la diffusion d’un enregistrement vidéo d’un entretien avec Rami Azzam, militant et poète décédé en 2003 d’une attaque cardiaque. Il y évoque les diverses dimensions sociale, politique et culturelle de la résistance estudiantine. La plume est le renfort des manifestations, la culture un espace de survie du talent, l’initiative estudiantine un moyen de mobiliser le potentiel de réflexion et d’innovation des jeunes, au nom de l’indépendance, du changement, de la dignité. Ce sont là trois dimensions qui s’entremêlent ainsi dans une symbiose de vie, un véritable « cri de vie », celui d’un peuple fier et avide de liberté.

    Sandra NOUJEIM – L’Orient-Le Jour, 20 mars 2008